La réalité fait plus mal que la fiction

« Le groupe pharmaceutique américain Pfizer est accusé d’avoir réalisé en 1996, sous couvert d’une action humanitaire dans le cadre d’une épidémie de méningite et de rougeole, des essais d’un médicament, le Trovan Floxacin, dans le plus grand Etat de la Fédération nigériane, Kano (nord), et ce sans avoir obtenu les accords nécessaires des autorités régulatrices du Nigeria. (Source : 20Minutes.fr) » Ça vous rappelle quelque chose ?

Sept millions de dollars ne ramèneront pas les enfants qui ont servi de cobayes à leur insu et qui y ont laissé leur peau. Des enfants que leurs parents ont fait soigner en pensant leur sauver la vie…

J’ai parfois honte de vivre sur cette planète.

Marche pour Ingrid

 

 

Ingrid Bétancourt

2228 jours de captivité. Ingrid Bétancourt est au plus mal.  Le comité de soutien organise une autre marche dans plusieurs villes du monde. Les infos sont ici : www.agirpouringrid.com. Autres infos sur Facebook et sur la page du comité canadien (pas très à jour toutefois).

 

Mélanie Delloye

J’ai eu l’occasion d’interviewer Mélanie Delloye, sa fille, il y a quelques années, alors qu’elle n’avait que 17 ans. Sa force et sa détermination m’avaient touchée, son éloquence, impressionnée. Mais c’est surtout son regard enjoué et son sourire francs qui étaient venus me chercher. Malgré le tourbillon d’émotions dans lequel la jeune fille vivait depuis plusieurs mois, elle rayonnait. Un charisme indéniable. Pas du tout le genre de petite fille désespérée qu’on a envie de consoler. Au contraire : c’est moi qui ai ravalé mes larmes quand elle m’a serrée dans ses bras avant de filer vers un autre rendez-vous.

Prof d’anglais à Taïwan, ouf…

Il semblerait que ce soit toujours la galère pour les profs d’anglais étrangers à Taïwan, et ce, malgré l’annonce en grande pompe de nouvelles mesures pour s’assurer que tout un chacun – « profs » (je mets ici ce terme entre guillemets parce que la plupart des « profs » n’ont de prof que le titre, très rarement la formation) comme employeurs – travaille dans la légalité il y a quelques années. Voici ce qu’écrit Andy, un Américain qui a enseigné là-bas pendant plus de cinq ans écrivait dans son journal il y a quelques mois :

For English cram schools, white Westerners are a commodity. Since the consumer desires a young (preferably American) white face attached to the school, most schools will take the blond haired, blue-eyed broken-English speaking Estonian chick over the fluent-English speaking Ghanaian with a master’s degree in education every time (true story). To say nothing of the scores of highly educated English-speaking Filipinos doing menial work in this country…

Ce qu’il dit ici est aussi fort instructif et rejoint mes propres observations (voir mon livre) :

The turnover rate for foreign English teachers is extremely high. I’d say the average stint for a teacher at each job would have to be a year at most (the length of the work contract needed for an ARC). This is generally because so many bosses here are conniving, bullying puds who continually try to figure out ways of making you do unpaid work and if there’s no work to be done, they make it up because culturally, Taiwanese believe in shunning on shortcuts (correct me if I’m wrong).I worked for over two years at one job, but that was because I was working for a feisty woman named Linda Mommy who had lived for twelve years in Canada and learned all of her English from watching Jerry Springer. She didn’t believe in those petty Confucian-boss control methods. She also pushed her teachers to come up with creative lessons that would challenge students to think critically. This was like squeezing blood from a stone since by the time most of them reach junior high, the average Taiwanese student has become conditioned to just open up and have information crammed down their throats with a feeding tube, keeping it down just long enough to can pass the next exam, then the standardized test to get into a good high school and finally the big exam for university.The pressure to succeed for young people in Taiwan is tremendous, especially given that standardized tests are everything. "Your scores aren’t high enough to get into the top high school? Well, good luck getting into a decent university."

Et pour ceux qui seraient toujours intéressés à aller enseigner là-bas après ça, il en rajoute :

If you choose to teach ESL in Taiwan, there are basically two options. You can try teaching a bunch of surly elementary and junior high punks who have spent the last five hours in a school that aims to sap all of their creative spirit and drill them through rout memorization (forget about after school clubs and sports). Or you can teach babies like I do. For most parents in Taiwan, the goal is not for their kids be well-rounded, but to "keep up with the Wangs" because the Wangs know their kid will only succeed if he follows the formula: bilingual kindergarten + public school + after-school cram school + prestigious public high school + prestigious university/study abroad = doctor/rich businessman."Their kid goes to piano lessons? Well my kid goes to piano lessons AND violin lessons." "Their kid goes to English cram school? Well my kid goes to a cram school where all of the teachers mercilessly beat him with bamboo sticks until he has a perfect American accent and flawless intonation."

Toujours prêt à tenter l’aventure ? 

Punk made in Taiwan

En 2002, alors que je vivais toujours à Taïwan, Jeff, notre coloc de l’époque, et quelques copains ont mis sur pied un band punk qu’ils ont baptisé The Deported en référence aux nombreuses lois donnant le droit aux autorités de kicker out les étrangers (notons que la majorité des profs d’anglais ne possédaient pas de visa de travail légal à cette époque !).

Au fil des mois, ils sont devenus très actifs sur la scène locale et ont même fait quelques tournées internationales (Japon, Corée, Hong Kong, Thaïlande, Malaisie, Singapour…). Le chanteur, Andy, tient toujours son journal et on peut entendre quelques-unes de leurs pièces sur leur profil MySpace. Ironiquement, Jeff a été « gentiment » déporté pour être resté au pays… quatre ans après l’expiration de son visa  ! Oups. 

Voici un extrait vidéo d’une de leurs prestations au Spring Scream Festival de Kenting en 2006, LE festival de l’île de Formose à découvrir absolument pour tout mordu de musique alternative qui se trouve dans les parages en avril (en plus, y’a la plage à deux pas) :

 

Cette année, c’est du 4 au 6 que se tiendra l’événement. The Deported n’est cependant pas mentionné dans la liste des groupes qui ont confirmé leur présence… Les nombreux changements de musiciens et la nouvelle vie de père de Tony D, guitariste de la première heure, ont-ils eu raison de leur motivation ? J’espère que non !

Mise à jour : Andy est rentré aux États-Unis depuis plus de six mois… Donc, plus de The Deported ! Snif ! L’aventure de ce dernier avec le groupe ne semble d’ailleurs pas s’être très bien terminée…

Autre mise à jour (avril 2008) : Andy se lance en politique !

Pour voyager chez soi

Mémoire d’encrier, qui a publié mon récit Cartes postales d’Asie, lance le Aimititau! Parlons-nous!. Le concept : 29 auteurs du Québec et des Premières nations se sont échangés lettres, récits, courriels, poèmes et contes. Au fil des mois, est né un recueil rempli de révolte, d’inquiétude, mais aussi d’espoir.

En librairie le 1er avril.

Superstitions à la carte

 

Taipei 101
 Taipei 101
 

Je chronique sur les superstitions dimanche matin à Pseudo-Radio et ça m’a amenée à réfléchir sur le sujet. Que font par exemple les Chinois quand ils se retrouvent au 4e étage d’un hôpital  occidental alors que ce chiffre est associé à la mort (sa sonorité en chinois est la même que le mot « mort ») ? À Taïwan, je me souviens qu’on bannissait les 4e étages, un peu comme les 13e en Amérique du nord (d’ailleurs, quelqu’un peut me dire où l’on trouve de ces fameux buildings sans 13e ?).

 

On connaît l’obsession des Chinois pour les chiffres. Alors que pour nous, le chiffre 7 est chanceux, au pays de Mao, il est lui aussi associé à la mort. Le chiffre 9 serait positif parce qu’en cantonnais, il se prononce comme « suffisant ». Le 8 étant associé à la prospérité, pas étonnant que la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Beijing ait lieu le 08/08/08…

 

Pour les gens qui souffrent de « supertitionnite » aiguë comme moi, on peut facilement se taper de bonnes petites crises d’angoisse si l’on ajoute les croyances d’ailleurs à celles d’ici. Perso, j’opte pour la formule « à la carte ». Comme pour les religions, je prends ce qui m’interpellent le plus. Le feng shui par exemple. Simple ensemble de superstitions pour la plupart des Occidentaux, cet « art chinois millénaire » est un véritable mode de vie en Asie. Taipei 101 a été conçu en respectant ses règles, tout comme les plus importants bureaux de Chine ou de Hong Kong.

 

Selon Van Minh, « le feng shui est aux bâtiments ce que l’acupuncture est au corps ». Pourtant, l’acupuncture a la cote en Occident depuis quelques années ! Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il y a une certaine logique dans les principes du feng shui. Ne faisons-nous pas partie d’un tout malgré les apparences ?  Si nos gestes de consommation ont un impact à l’autre bout du monde, qu’un battement d’ailes de papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas (ou l’empêcher, comme l’a précisé le météorologue Edward Lorenz après avoir vu sa question interprétée de 1001 manières), pourquoi la façon dont nous positionnons nos meubles n’aurait-elle pas d’impact sur notre bien-être ? Je suis peut-être la seule de ma gang, mais j’y crois pareil (remarquez, ça ne m’empêche pas d’être hyper-bordélique alors que ça va complètement à l’encontre des fondements du feng shui ! Comme je le disais, on prend ce qu’on veut…;-) ! J’aime l’idée que l’énergie peut être « harmonisée ». Que tout est lié, que ce soit concret ou pas.  Que boire ma tasse de café équitable permettra à un paysan d’envoyer son enfant à l’école. Que sourire à un inconnu apportera un peu de soleil dans sa journée, puis dans celle d’une autre personne, à qui il aura souri à son tour…

 

Je ne crois pas que briser un miroir m’apportera sept ans de malheur ou que passer sous une échelle changera le cours de ma vie. Par contre, si placer la tête de mon lit dans la « bonne » direction peut m’aider à bien dormir, je veux bien mettre toutes les chances de mon côté !

Bollywood stories

– Il n’est pas question que je quitte Mumbay sans être allée à Film City*!

Le guide-acteur-raté qui nous accompagne, ma sœur et moi, me jette un regard condescendant du style «pour qui elle se prend celle-là?»

  Tout le monde veut y aller…

– Vous ne comprenez pas: je suis venue ici POUR ÇA!

 

Depuis des années, je rêve en effet d’assister live à une chorégraphie hyper-kitsch, comme celles dont je me délecte dans mes soirées bollyoodiennes. Des semaines que je tente de convaincre ma boss de la pertinence d’un reportage en Inde pour vivre CE moment (croyez-moi, il en faut de bons arguments pour persuader une directrice de magazine de mode de publier un reportage sur l’Inde!), que je courtise l’Office du tourisme indien afin que le magazine pour lequel je travaille soit du prochain voyage de presse, que je lis sur les mille et une astuces qui peuvent permettre à un étranger de se faufiler sur les plateaux de tournages… Mon fantasme ultime : jouer la potiche occidentale dans une méga-prduction (vous savez, celle qui se trouve «par hasard» là où une chorégraphie haute en couleur démarre?). Un tout petit 5 secondes de gloire bollywoodienne suffirait amplement à satisfaire la groupie en moi. Si près du but, je n’allais tout de même pas balayer mon rêve comme ça sous le tapis (même s’il volait)!

  Je vais voir ce que je peux faire, dit-il finalement.

 

Nous passons le reste du trajet à l’écouter raconter ses exploits «d’acteur» (figurant?). Je pourrais presque rejouer la scène dans laquelle il arrivait nez-à-nez avec un guépard tellement il le lésine sur aucun détail.

 

Voici d’ailleurs comment je le décrivais dans mon reportage:

Notre nouveau guide s’appelle Shyamal. Il est aussi acteur, avec tout ce que cela comporte comme cliché. Il est impec, malgré le fait que la ville semble sur le point de se diluer tellement il pleut. Il se meut comme s’il incarnait en permanence le beau gosse d’une méga-production: le menton un peu en l’air – mais pas trop –, la démarche assurée – mais pas trop –… Vous voyez le genre? Comme tout le monde ici, il rêve d’être une star. Il n’hésite pas à nous raconter ses anecdotes de tournage les plus croustillantes, incluant son face à face avec un guépard.

 

Je ne sais pas si c’est son désir d’acheter la paix ou celui de se faire voir par les réalisateurs en tournage, mais quelques heures plus tard, après plusieurs coups de fils, le bureau de tourisme nous apprend que notre demande est acceptée. You-pi-dou-dou-lay-lay!

 

Pendant les heures qui ont suivi, j’ai assisté, amusée, aux démonstrations de diva d’une actrice sur le déclin. Serré la main de l’acteur principal d’un film en tournage. Interviewé le réalisateur d’un long-métrage. J’étais exténué et le voyage tirait à sa fin, mais J’ÉTAIS À FILM CITY*!

 

Si j’ai eu mon cinq seconde de gloire? Oui. Et  non. J’ai bel et bien été dans l’œil d’une caméra indienne. Mais les chorégraphies se déroulaient sur une scène et mettaient en vedette des couples d’acteurs connus qui participaient à une espèce de version indienne du Match des étoiles. Moi, j’étais assise dans la salle, parmi le public de cette émission de télé, en compagnie de ma soeur (qui n’a toutefois pas eu le droit de prendre de photos sur ce plateau – elle s’est rattrapés par la suite). Pouet, pouet, pouet poueeeeet (bruit de balloune qui dégonfle)… N’empêche, J’ÉTAIS LÀ ! :-)

 

Quelques photos-souvenirs (prises par ma super-soeur), en vrac…

 

 

Clapette

 

 

Un des tournages auquel nous avons assisté  

 

 La diva

L’actrice diva dont je parlais… 

 

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 La vedette du film en tournage 

 

Entrevue avec un réalisateur

Moi, en pleine entrevue avec le réalisateur…

(Crédit photos: Caroline Gagnon)  

 

* Pour ceux qui ne le savent pas, Film City, c’est un méga-studio: environ 200 hectares de forêt et de verdure, 40 lieux de tournage extérieurs, 18 studios totalisant 18 500 m2… Malade, hein? N’y entre toutefois pas qui veut: des gardiens de sécurité sont postés partout et on ne semble pas particulièrement aimer les curieux… Seuls moyens pour un voyageur d’y être accueilli: devenir figurant (mais encore faut-il que des tournages nécessitent l’embauche d’extras étrangers, ce qui n’était pas le cas lors de notre passage), ou connaître des gens bien placés. Quant aux journalistes qui veulent pénétrer dans ce « monde parallèle », ils ont besoin de beaucoup de détermination, de bons arguments, et un peu de chance…

P.S. : J’essaie de retrouver le mag pour scanner le reportage en question… 

P.P.S. : C’était en 2005… 

Garbage Symphony

Mais qu’est-ce? Un marchand de crème glacée? Un vendeur ambulant? Mais non! C’est la benne à ordure qui annonce sa venue! À Taïwan, pas question de laisser les déchets sur le bord des rues. Chacun descend donc avec ses sacs en entendant la mélodie.
Un projet pilote de «bennes profs d’anglais» a par ailleurs été mis sur pied dans la petite ville de Tainan en 2002. Plutôt que d’annoncer leur arrivée en faisant de la musique, les camions dispensaient des leçons d’anglais! 
Voici deux courts extraits (que je viens de mettre sur YouTube) de ce qui deviendra peut-être le documentaire Garbage Symphony si je prend le temps de le monter un jour… La première séquence a été tournée devant mon « chez moi » de l’époque, à Keelung. Vous dire à quel point tout ça me manque (c’est fou, la nostalgie va même jusque dans les vidanges! lol)… J’avais l’impression d’assister à une espèce de « ballet trash » lors de chaque collecte !
 
Désolée pour la caméra qui bouge dans le deuxième extrait, disons que courir derrière des camions en filmant n’est pas forcément le domaine dans lequel j’ai le plus d’expérience! ;-)
 

     Plus d’info dans ce reportage rédigé à l’origine pour La Presse 

Bamako-Sikasso

Bus de Bamako

 

 

Quelque part entre Bamako et Sikasso, janvier 2004

Surtout, ne pas vomir. J’ai l’estomac plutôt solide d’habitude, mais là, c’est trop. Un mec vient d’entrer dans le bus, brandissant fièrement une pièce de viande (pas emballée, vous l’aurez deviné) suspendue à une corde. Le car est bondé (on a d’ailleurs dû attendre qu’il soit plein avant de quitter la capitale, soit une bonne heure après le départ prévu), on mijote à feu doux dans notre jus, et voilà qu’il vient balancer sa pièce sanguinolente sous mon nez. Note soulignée trois fois dans mon carnet : instaurer le trafic de Febreeze en Afrique de l’ouest.

 

Histoire de me changer les idées, j’entonne mentalement les premières chansons qui me viennent à l’esprit (un vieux truc). N’importe quoi. Pourvu que mon esprit s’éloigne de ce four nauséabond. Pot-pourri kitsch qui en dit long sur mon état : « Pris en flagrant déliiiit de tendresssse… » ; « Na-na-na-na je veux lui offrir ma vie, mais il ne veut pas de ma viiiiiie… » ; « Y avait un vieux dans l’ bas du fleuve, avec une terre de trente arpents »… N’importe quoi, j’ai dit.

 

Nous sommes à mi-chemin. Ma chemise blanche est noire, chacun de mes orifices (enfin, vous avez compris) est rempli de sable et je me demande encore dans quel état je vais arriver Sikasso (calcinée ou al dente ?).

 

Mon voisin pue du cul. Je le sais : il s’est levé de son siège tout à l’heure et l’odeur est restée bien imprégnée sur la banquette en simili-cuir. « C’était un vieux dans l’bas du fleeeeeuve »…

 

Pause bouffe. Je sors du bus. Un homme s’empresse de m’offrir du mouton-oignons avec supplément de mouches. Je me rappelle soudainement Ouaga, son grand marché, ses viandes aux odeurs pestilentielles et ses bestioles volantes… Ça, c’est le côté de l’Afrique qui me plaît un peu moins. Et pourtant, en y repensant, je me dis que l’Afrique ne serait pas l’Afrique sans tout ça.

 

Nous roulons depuis plus de cinq heures. J’exagère à peine si je dis que les taxis « sept places » sénégalais et les taxi verts de Ouaga respirent le luxe à côté de ce bus aux bancs mal fixés qui fait « squik-squik » et pollue à qui mieux mieux.

 

J’arrive à bon port presque huit heures après avoir pris place dans ce cercueil roulant. Une petite balade qui m’aura coûtée 10 $ CDN au total. Pour le retour, j’ai pris mes précautions : j’ai acheté deux places !

 

(Extrait de mon journal de bord Sénégal-Mali, décembre-janvier 2003-2004)

Déclic

Lisbonne

 

 

Un après-midi de juillet à Lisbonne. J’ai 23 ans, je voyage seule pour la première fois et j’erre sans trop savoir quoi faire, moi qui souffre déjà de « workaholisme » aiguë. Je m’arrête pour acheter une gaufre au chocolat. Poursuis ma route.

 

La pluie se met à tomber. Le chocolat, à dégouliner. Un passant pointe les coulisses brunâtres qui se frayent un chemin jusqu’à mon coude droit.

 

Et là, à travers la foule, sale et trempée, je savoure enfin ma liberté.

 

C’est à ce moment que j’ai su que je n’arrêterais jamais de voyager.

Le grand saut

 

Sur le pont d’Avignon

Sur le pont d’Avignon

Ça y est. Je m’y mets moi aussi. Pour de vrai cette fois.

 

J’ai ouvert mon premier blogue en 2001, alors que je vivais à Taïwan. La forme m’est alors apparue beaucoup trop contraignante pour un récit de voyage. Totalement illogique puisque pour comprendre le présent, il faudrait forcément revenir en arrière… Impossible de retrouver le fil avec les billets-fleuves que j’écrivais à l’époque! Je m’en suis donc tenue aux bons vieux courriels envoyés à des amis, matières brutes de ce qui devenu le récit Cartes postales d’Asie, publié chez Mémoire d’encrier en 2007.

 

Me revoici donc, trois blogues avortés plus tard. Cette fois, j’ai vraiment trouvé l’angle qui me permettra de maintenir le cap : le choc des cultures. Car ma grande passion reste l’exercice de « jonglerie mentale » perpétuelle à laquelle se livre le voyageur. C’est avec des points d’interrogation plein la tête que je me sens le plus vivante. Je les laisse me guider, un peu comme les flèches peintes sur le sol dans les lieux touristiques. Une question en amène une autre, qui m’amène ailleurs… Je me fous bien de la destination. Ce qui m’allume, c’est la route qui m’y conduit (cliché, but so true!), parsemée de rencontres, de découvertes, de fou rire, d’embûches… et de questions. On n’en sort pas! Et c’est là tout le plaisir du voyage. Le choc des idées, la perte des acquis, la notion du temps qui s’étire et se rétrécit sans crier gare. Les certitudes qui n’en sont plus. Le chaos est une drogue dure et j’ai choisi ma dépendance il y a longtemps.

 

Pas de règles dans mon taxi-brousse : que le plaisir de prendre la plume quand bon me semble pour piger dans la boîte à souvenirs, raconter ceux qui s’y trouveront bientôt, partager mes trouvailles ou simplement délirer sans contrainte. Une bonne manière d’éviter à mes amis le radotage d’une routarde rangée qui change actuellement des couches plutôt que des devises étrangères… ;-)

 

Vous l’aurez compris, ce n’est pas ici que vous trouverez les bulletins météo des destinations soleil (quoique…). Par contre, je vous promets de vous faire voir du pays, même immobile. Car les chocs culturels sont parfois là où on ne les attend pas…

 

P.S.: Merci à Jef pour le coup de pied au cul. Ta motivation m’a motivée! Désolée d’avoir fait officiellement le saut avant toi, mais de toute façon, le tien sera beeeeen plus hot… ;-)

 

Ajout 24 juillet 2008: depuis la rédaction de ce billet, j’ai recommencé à bouger un peu plus. Taïwan en mai, le tour du Canada en juin-juillet… Et ça ne fait que (re)commencer! ;-)