Taxi-brousse

De ma fenêtre

28 mai 2008 · 9 commentaires

Je l’ai souvent dit: c’est dans le mouvement que j’arrive à m’arrêter vraiment. Rien de tel qu’un voyage en bus, en bateau ou en train pour me «poser». Regarder la vie qui défile par la fenêtre alors que la mienne est entre parenthèses m’apporte un immense sentiment de paix. Moi qui bouge sans arrêt, je me laisse porter, enfin. Je cesse de lutter. Je déclare forfait contre le temps qui file. Alors que pour d’autres, il s’étire interminablement, pour moi, il se dissout dans le moment présent. Ces heures passés dans les transports passent à la vitesse de l’éclair, que le trajet dure 30 minutes ou 100 ans. Je passe de fast forward à play et laisse jouer la musique.

 

J’aime voir monter les gens à bord. Découvrir ces inconnus avec qui je partagerai quelques heures, probablement la seule chose que nous aurons en commun. Puis, à travers l’océan de visages, en reconnaître un. Un jour. Comme ça. Pour rien. Parce qu’il le fallait. 

 

J’aime être vraiment nulle part. Dans le twilight zone des points A et B. Fixer l’horizon. Avaler le paysage. Le déformer dans ma tête, par la suite, quand le contour des immeubles sera devenu flou, que le vert des rizières s’atténuera dans le brouillard des souvenirs, que mes lunettes roses auront falsifié quelques détails, quelques lieux, quelques émotions.

 

Voyager, c’est écrire avec des mots qu’on ne connaît pas. Inventer son propre langage. Accepter qu’on sera peut-être le seul à le parler, mais tout faire pour pouvoir le partager.

 

J’aime être là, c’est tout. Ouvrir grand les yeux et en prendre plein la gueule. 

 


Catégories : Asie · Réflexions · Sur la route · Taïwan 2008 · Vidéo

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