Mange, prie, aime

9782702139042fsJ’étais certaine de détester. D’abord, à cause du buzz. Pour moi, un buzz, c’est comme un épais brouillard étouffant. M’en fous si ce qu’il y a au-delà est merveilleux: il m’agace trop pour que je m’y intéresse. Parfois, je reviens. Mais souvent – comme dans le cas des Pierre Lapointe de ce monde – le buzz est si intense qu’il entraîne des effets secondaires à long terme. Une genre de nausée dont je arrive pas à me débarrasser…

J’étais certaine de détester, donc. «Quelle couverture hideuse! me suis-je exclamée en saisissant le livre chez Renaud Bray. Et puis, c’est quoi ce titre étrange?» La superficielle en moi voyait là d’autres bonnes raisons de filer sans attendre le beau temps.

Je l’ai quand même acheté.

L’introduction a à son tour failli me faire prendre mes jambes à mon cou. J’ai horreur des gens qui se sentent obligés de s’expliquer. Surtout avant qu’on ait pu juger de quel bois ils se chauffent! Quelques pages plus loin (p. 55, pour être précise), l’auteure raconte que son éditeur lui a offert une avance pour le livre qu’elle écrirait sur ses voyages, lui permettant ainsi de bourlinguer pendant toute une année sans se soucier de l’aspect financier. Il n’en fallait pas plus pour déclencher en moi une autre vague de jalousie du genre «Pourquoi suis-je née ici déjà?». Bref, tous les éléments étaient réunis pour que je ne franchisse pas le cap de la centième page. 

Alors pourquoi suis-je en train d’étirer la lecture de Mange, prie, aime jour après jour, refermant le livre en plein milieu d’un chapitre pour ne pas arriver trop vite à la fin? Pourquoi ai-je l’impression que le deuil sera grand, sitôt la page 454 tournée? Eh bien parce qu’Elizabeth Gilbert a, peu à peu, dissipé le brouillard à grand coup de réflexions, de questions existentielles, et de délicieuses descriptions de pastas

J’entends déjà les commentaires de certains copains, qui décréteront le livre beaucoup trop «new age» pour mériter la moindre petite considération. D’autres, rire dans leur barbe en évoquant la seule possibilité de s’attaquer à une brique qui mentionne Dieu dans presque toutes ses pages. Eh bien tant pis pour eux. Moi, je me suis beaucoup retrouvée dans le parcours d’Elizabeth Gilbert. Pas dans son amour pour le yoga ou de la langue italienne. Plutôt dans sa quête. Dans ce désir de trouver l’équilibre. Et bien sûr, dans sa passion du voyage. 

Contrairement à elle toutefois, quand je suis partie m’installer à l’étranger quelques mois, ce n’était pas tant pour fuir que pour aller vers quelque chose. Je n’avais pas passé des mois à pleurer dans ma salle de bain. J’étais même plutôt satisfaite de mon sort (mis à part de ma vie amoureuse… no comment!) et ma carrière allait bon train. Pourquoi partir alors? Je ne peux pas encore mettre le doigt dessus, mais je sais que ça’ avait à voir avec le décalage de mes contradictions (aussi extravertie qu’introvertie, sociable que solitaire, peureuse que téméraire…), avec ce besoin de m’extraire de mon contexte pour profiter pleinement de la «substantifique moelle de l’existence», avec l’effet calmant du mouvement sur mon «moi» si agité et avec cette page blanche que je chérissais plus que tout. J’avais envie de me retrouver. De vivre autrement. De regarder vers l’intérieur alors que mes yeux se gavaient de nouvelles images. Et d’écrire. 

J’ai bien sûr souri quand l’auteure écrit trouver bien ridicule de clore son bouquin sur un épisode digne d’un conte de fée. J’ai écrit la même chose à la fin de Cartes postales d’Asie. Contrairement à elle toutefois, j’ai choisi de couper tous les passages qui entraînaient les lecteurs dans mon intimité – et celle de mes proches. Question de pudeur.

Me voici donc à la page 451. Quelques lignes seulement me séparent de la fin. Ça tombe bien: j’ai pas mal de choses à faire aujourd’hui…

P.S.: Pour ceux qui ne le savent pas, Julia Roberts prêtera bientôt ses traits à l’auteure.

AJOUT 19 novembre: J’ai lu les dernières pages la nuit dernière, après une nuit intense de boulot… Je m’apprête maintenant à attaquer La Frousse autour du monde!

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16 réflexions sur “Mange, prie, aime

  1. Ah! Ah! J’ai eu les mêmes réticences que toi, et je redoutais aussi la fin. Ce livre n’est pas new-age, il est de son temps. On est de la génération qui peut tout faire, nos terrains de jeux sont immenses, mais devant tant de choix, souvent, on fige, de peur de passer à côté de ce qui nous est vraiment fait pour nous (la job, le pays, la culture, etc.) Ceci dit, le doute mène à tout, même à publier des best sellers!

  2. Bon… Je vais peut-être mettre mon gros préjugé défavorable de côté. L’aspect psycho-pop/new-âge était assez turn-off dans mon cas, mais ton billet est assez vendeur!

  3. L’auteure parle de son gourou et de son ashram comme si elle parlait de shopping ou d’un 5 à 7. Pour elle, tout ça fait partie de la vie. Du coup, le côté «ésotérique» passe mieux je trouve. Rien à voir avec de la psycho-pop: c’est le cheminement d’une femme qui a choisi d’aller satisfaire sa gourmandise à Rome, sa spiritualité en Inde, et son désir de trouver l’équilibre en Indonésie. Elle aurait très bien pu obtenir le même résultat en faisant du macramé dans son sous-sol. L’important, comme je le disais, c’est la quête plus que les moyens pris pour y arriver. En même temps, la grande qualité de ce roman est de ne pas tomber dans la chick litt (bien que j’aime en lire de temps en temps, je n’en suis pas une adepte). Comme le dit Sylvie, c’est un livre bien de son temps, avec une ouverture sur l’invisible… et les plaisirs épicuriens! ;-)

    Bon, je vais aller lire les trois dernières pages… Et puis non, j’attends encore un peu!

  4. J’ai lu les premières pages chez mon amie de Boucherville (dont je garde souvent la maison) mais je n’ai pu aller plus loin…
    Tu m’encourages à lui l’emprunter…et recommencer.
    Et puis je pratique le yoga chaque semaine……
    Finalement, tu traduis exactement ce qui m’a poussé à venir vivre ici. Sauf que je suis restée et j’y suis toujours 21 ans plus tard…

  5. Moi le yoga, j’ai essayé, mais ça ne correspond pas du tout au type d’activité qui me convient (du moins, à ce stade-ci de ma vie). En ce moment, je serais plutôt boxe et tai-chi (non, elles ne se sont pas atténuées, mes contradictions!)… lol

    Les premières pages m’ont fait bailler et lever les yeux au ciel. Mais ça vaut la peine de persévérer!

  6. Il m’intrigue ton billet… Je ne me sentais pourtant pas des masses "cliente" de ce bouquin.

    Mais comme d’hab, je me retrouve vraiment dans tes mots, quand tu réponds à la question "pourquoi partir?":

    «ça avait à voir avec le décalage de mes contradictions (aussi extravertie qu’introvertie, sociable que solitaire, peureuse que téméraire…), avec ce besoin de m’extraire de mon contexte pour profiter pleinement de la «substantifique moelle de l’existence», avec l’effet calmant du mouvement sur mon «moi» si agité et avec cette page blanche que je chérissais plus que tout. J’avais envie de me retrouver. De vivre autrement. De regarder vers l’intérieur alors que mes yeux se gavaient de nouvelles images. Et d’écrire.»

    Nos contradictions se ressemblent. Partir engendre chez moi des effets secondaires comparables.

    Si ce bouquin t’a happée ainsi, il y a des chances que j’y succombe aussi. Bon. Je reviendrai en causer quand je l’aurais lu.
    ;-)

  7. Ce livre m’a aussi totalement habitée. L’humour de l’auteure empêche le récit de déraper dans le new age, elle a su trouver l’équilibre dans son écriture autant que dans la vie.
    Je reviens d’Indonésie, et je suis allée à Ubud, là où elle a séjourné… J’y serais bien restée moi aussi…

  8. Un million d’années après ce billet (euh… un an et demi, genre), je viens de craquer; j’ai acheté ce livre DANS UN DÉPANNEUR ! Argh !

    Mais bon, moua, j’allaite à longueur de journée et de nuit, et j’ai besoin de m’évader un peu … On verra si je vais aimer ! :)

  9. J’ai eu la chance de mettre la patte dessus au tout début, dans sa version originale anglaise, avant la traduction, avant que la vague ne déferle. Une amie me l’avait recommandé sinon je n’aurais pas du tout été attirée. Mais je me suis marrée dès le départ. Ce que j’avais craint, un voici-comment-moi-j’ai-évolué-et-que-j’suis-donc-bonne, s’est envolé quand j’ai lu à quel point l’auteure se moquait d’elle-même dans cette démarche. J’ai accroché.

    Heureusement encore, c’était avant la mode. À cause de cette mode, je n’irai sans doute pas voir le film. Comme je ne lirai sans doute pas « Alliances », pour la même raison. La même qui m’empêche de retourner deux fois dans un même restaurant, manger la même chose que la fois d’avant, lorsque je voyage. Cela m’évite d’avoir à comparer un souvenir qui mérite de rester précieux, unique.

    "Eat, Pray, Love" pourra ainsi rester seul et tranquille dans sa catégorie!

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