La normalité des uns…

chat-user-centric14h du mat’. Les ronflements de ma fille m’ayant réveillée (!), j’en profite pour rendre visite à quelques blogueurs que j’ai négligés ces derniers temps.

Être loin, de Paul Brisson, m’amène à réfléchir à nouveau au regard que l’on porte sur soi et sur un lieu vs celui des autres. À l’interprétation de ce qui nous entoure à un moment précis. À ce glissement sournois vers une «normalité» qui n’avait pas été la nôtre jusqu’à cet instant X où l’on réalise que l’on est plus qu’un étranger quelque part…

En substance, Paul, Québécois installé à Paris depuis le printemps dernier, manifeste son désir de se fondre un peu plus à la foule plutôt que de rester en perpétuelle position d’observateur. Je pense que ça nous arrive tous à un certains moment. Le hic, c’est que même si l’on se sent verser vers cette espèce de normalité, en tant qu’expat’, on reste un élément «anormal». J’avais ressenti cette dualité très intensément quelques mois après mon arrivée à Taïwan. C’était encore plus flagrant parce que je faisais partie des minorités visibles. Que je ne pigeais presque rien des conversations qui m’entouraient.

Toutefois, même en pouvant très bien passer pour un «local», il arrive que le simple fait d’ouvrir la bouche provoque une distorsion entre le «soi» que l’on «ressent» et celui que l’on «projette» comme l’a récemment raconté Julien. Pas simple toute cette question d’identité!

J’ai pensé aux journalistes en commentant le billet de Paul. L’effet «normalité» qui s’installe quand on habite longtemps dans un pays étranger est la raison pour laquelle je trouve qu’on laisse souvent trop longtemps les correspondants en poste dans le même lieu. À mon (humble!) avis, ce sont le déséquilibre et l’étonnement qui agissent comme les meilleurs dépisteurs de sujets. En même temps, rien de pire qu’envoyer un zigoto en reportages quelques jours seulement pour couvrir de gros dossiers! Dans un cas comme dans l’autre, j’ai du mal à les trouver crédibles. La comparaison n’est pas forcément la meilleure manière de se positionner face à un lieu. Être capable de jeter ses repères par-dessus bord et redevenir un enfant en réapprenant tout pas à pas peut, en contrepartie, être un exercice douloureux. Et occasionner quelques dérapages… Je dis souvent que j’ai encaissé bien des coups que je n’aurais jamais encaissé au Québec quand je vivais à Taïwan parce que je mettais tout sur le compte du décalage culturel. Je me disais que j’avais forcément tord parce que je ne parvenais pas à tout décoder. Et pourtant… 

Quelque part entre les deux, il y a ceux qui arrivent à devenir des espèces de satellites et observent le monde de l’extérieur, en n’oubliant pas d’où ils viennent mais en étant capable de voir un pays d’au-dessus, d’à côté, par en dessous… De tourner autour sans prendre pour acquis qu’il y a un seul chemin pour y aller. Ou pour revenir. J’espère un jour parvenir à solidifier suffisamment mes bases identitaire pour devenir ce satellite. C’est pour moi un idéal de vie à atteindre (en tant que future-je-ne-sais-pas-quand expat’-auteure-journaliste, mais surtout comme personne – je sais, je mélange tout, mais j’ai le droit, il est 4h du mat’!). Un idéal pas toujours compatible avec ce besoin d’appartenance que l’on ressens tous à un moment ou à un autre, j’en conviens.

Même chez soi, il ne faut pas oublier que le monde vu de sa fenêtre est différent de celui de la fenêtre voisine, de celle d’en face… Personnellement, c’est la partie que je trouve la plus difficile. Être ouvert ailleurs, pas de problème. Ça vient avec le ticket d’avion (du moins, mon idéalisme me porte à croire que c’est le cas pour la majorité des voyageurs!).  Mais chez soi, c’est une autre paire de manches! 

Bon, au dodo! Les ronflements se sont tus..

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7 réflexions sur “La normalité des uns…

  1. D’un autre côté, les satellites ne touchent plus terre… Se sentir déraciné partout ou plus enraciné nulle part, c’est assez bizarre aussi.

    Je suis d’accord quand tu dis que « ce sont le déséquilibre et l’étonnement qui agissent comme les meilleurs dépisteurs de sujets ». Pour les blogues, c’est vrai aussi, je pense.
    Mais il faut trouver le moment où on connait suffisamment un pays pour découvrir les codes, les usages tacites, comprendre la psychologie des gens, mais où on n’a pas encore perdu cet œil neuf de l’immigrant ou de l’expatrié.

    En tout cas, rien ne vaut quelques années à l’étranger pour s’ouvrir aux autres et mieux de connaître soi-même.

    Bon dodo! :)

  2. Tu as raison, mon exemple est peut-être un peu extrême. (Mais à 4h du mat’ il illustrait parfaitement ma pensée! lol) Mais la Terre n’est jamais bien loin non plus… ;-) En tout cas, cet état de déséquilibre est pour moi un grand moteur. Quant à l’enracinement/déracinement, je serais curieuse de d’avoir d’autres avis, moi qui n’arrive toujours pas à me sentir 100% chez moi au Québec même sept ans après mon plus grand déracinement. Un exemple: je ne suis pas arrivée à m’intéresser au débat entourant le foutu Bye Bye et ne pourrait pas nommer plus de deux candidates d’Occupation double depuis le début de diffusion de l’émission. C’est grave, docteur? lol

    Quant à ce moment auquel tu fais référence, ce qui est triste, c’est que peu après, cet oeil devient moins «neuf», justement… Alors là trois choix s’imposent: rentrer, aller ailleurs, ou planter ses racines un peu plus profondément.

  3. « je ne suis pas arrivée à m’intéresser au débat entourant le foutu Bye Bye et ne pourrait pas nommer plus de deux candidates d’Occupation double depuis le début de diffusion de l’émission. C’est grave, docteur? lol »

    Non. On suit ce qui nous intéressse. On regarde une émission de variété british si ça nous tente.

    Moi je ne suis pas l’histoire du lock out du journal de montréal :P

    (OMG!!

    J’aime tellement Le Chat de Phil Geluck !)

  4. «Même chez soi, il ne faut pas oublier (je corrige, tu avais marqué « obliger ») que le monde vu de sa fenêtre est différent de celui de la fenêtre voisine, de celle d’en face… Personnellement, c’est la partie que je trouve la plus difficile. Être ouvert ailleurs, pas de problème. Ça vient avec le ticket d’avion (du moins, mon idéalisme me porte à croire que c’est le cas pour la majorité des voyageurs!). Mais chez soi, c’est une autre paire de manches!»

    C’est toute la problématique de mon boulot de localière et de celui de mes confrères et consœurs. Réussir à dénicher des sujets autour de soi, dans sa rue, dans sa ville. Ne pas laisser sa curiosité s’émousser, au motif qu’on est dans un contexte a priori familier. Et toujours se méfier du « supposé connu »… Le journalisme de proximité est parfois bien plus ardu que le grand reportage à l’étranger.
    ;-)

  5. @Corinne: Merci, j’ai corrigé la coquille! ;-)

    Bien d’accord. J’écris principalement sur les courants sociaux et, à mon retour d’Asie, il m’était beaucoup plus facile de repérer de bons sujets de reportages parce que j’avais un certain recul. Des phénomènes qui avaient émergé (ou s’étaient amplifiés) pendant mon absence me sautaient aux yeux, de même que certains traits culturels auxquels je n’avais jamais porté attention auparavant. Mais le temps a fait son oeuvre…

  6. ha marie, je ne viens pas souvent sur ton blog mais a chaque fois j’y retrouve des trucs interessant et qui me font reflechir…

    Je ne suis peut-etre pas dans un autre pays mais dans un milieux anglophone ou parfois c’est pas du tout la meme mentalité qu’au Quebec. Y’a des jours ou j’me sens local et d’autre c’est completement le contraire…

    Enfin Bref, j’aime bien te lire! ;-) Bye Xx

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