Parler «québécois»: ma montée de lait

Impossible de rester de glace quand j’ai vu le commentaire accompagnant la vidéo d’une entrevue donnée par Fred Pellerin en France, postée par une copine sur sa page Facebook: «Fred Pellerin, un Québécois qui parle Québécois à la télé française». Ma réaction, après avoir lu l’ajout d’un autre internaute qui le félicitait d’être resté «vrai»: «Partez-moi pas là-dessus: en «québécois», en français ou en «burkinabè», "histoèèère", ça ne sera jamais agréable à l’oreille!!! Rien à voir avec être authentique ou pas…»

Ça m’énerve tellement ce faux débat de la langue québécoise vs la langue française! De la même manière que je ne supporte pas les Québécois qui reprochent à leurs pairs d’avoir du succès dans l’Hexagone. Marie-Josée Croze ne l’a pas volée, sa place. Et je me demande bien quel acteur aurait refusé d’entrer dans le monde du cinéma français alors que la porte était grande ouverte!

Cette attitude typiquement québécoise a d’ailleurs entraîné Marc-André Grondin à presque «s’excuser» de connaître du succès en France  après sa victoire du César du meilleur espoir masculin, en février dernier. «Dans la plupart des reportages que j’ai entendus à la télé ou à la radio au Québec, dans quelques articles que j’ai pu lire aussi, un élément revient de façon récurrente: "Rassurez-vous, nous dit-on,  Marc-André n’a pas l’intention de s’installer à Paris!" » a écrit Marc-André Lussier sur Cyberpresse.  L’acteur a l’opportunité de faire une carrière internationale. Ne devrions-nous pas nous en réjouir? C’est quoi, notre problème, de vouloir garder tout le monde à la maison alors que la planète est un si vaste terrain de jeu?

Pour en revenir à ce qui m’a fait réagir, la plupart des gens à qui l’on reproche de «prendre l’accent français» quand ils vont en France ne font en réalité que gommer les prononciations typiques, qui provoquent soit 1) des points d’interrogation dans les yeux de l’interlocuteur, qui nous demande alors de répéter (ce qui devient VRAIMENT chiant après un moment – des gens m’ont même raconté s’être mis à parler anglais tellement ils en avaient marre) ; 2) des quiproquos dont on peut se passer ; 3) carrément des éclats de rire (ça aussi, on peut s’en passer, même si au début, on rit avec eux). Dans le cas des acteurs, s’ils «copient» la manière de parler des français, c’est aussi pour ne pas passer leur vie à jouer «le Québécois de service». Est-ce mal?


Perso, je ne m’en rends même plus compte: quand je parle avec des étrangers francophones – ici ou ailleurs, et peu importe leur origine – je polie les aspérités. Et je ne vends pas mon âme au diable pour autant! Communiquer, c’est se faire comprendre.

C’est une question de respect, aussi. On ne parle pas pour soi, mais pour la personne qui est devant soi. Ça me hérisse que des gens puissent penser qu’on cesse d’être soi-même parce qu’on s’adapte à l’autre. Voyons donc!

Par ailleurs, je défie quiconque de s’installer quelque part pendant une longue période et de ne pas se mettre à parler – du moins, un peu, et le plus souvent malgré lui! - à la manière des habitants du coin, qu’il aille au Lac-St-Jean, à Paris ou à Tombouctou. C’est non seulement humain, cela démontre aussi une grande capacité d’adaptation à son environnement. Demandez à vos amis européens installés au Québec: même si pour nous, leur «accent» est immédiatement détectable, la plupart d’entre eux se font dire «qu’ils ont pris l’accent québécois» par leurs proches des vieux pays. Sont-ils moins eux-mêmes pour autant? Mais non!

Nous sommes un amalgame d’accents. Être humain, c’est évoluer. Adopter de nouveaux comportements et revêtir de nouvelles couleurs, peu importe qu’on reste chez soi ou qu’on s’exile. Parfois ça se voit. Parfois, ça s’entend. Parfois, c’est invisible. Mais ne jamais évoluer? Impossible.

L’extrait de l’entrevue en question:

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20 réflexions sur “Parler «québécois»: ma montée de lait

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  2. Love it! Et pour moi, la question de l’adaptation, c’est deux côtés que ça doit se passer. Oui, je peux m’habituer à dire «actuellement» la majorité du temps parce que «présentement» suscite chaque fois un éclat de rire généralisé (et que je suis tannée). C’est du «vieux Français» et ça, à Paris, c’est très drôle. Mais de grâce, que les Français se calment si, fatiguée pour une raison quelconque, j’en échappe un inconsciemment… Give me a break. Puis je l’avoue. Quand je dis des expressions qui ne se disent pas fréquemment ici, j’apprécie davantage les curieux qui cherchent à comprendre en trouvant ça sympa que les autres qui me regardent d’un air snob et interloqué comme si je parlais en martien. Y’en a marre des «Je comprends quedalle» ou des «Quèèèss tu dis»? Un de mes collègues est curieux de nature. À chaque expression, il tripe plutôt que de s’impatienter et on cherche l’éthymologie pour voir si c’est un «vrai mot» même s’il ne se dit pas ici. Eh bien à date, j’ai 100%. Tous des «vrais mot» issus du vieux français. C’est pas ça, d’la belle communication? On évolue tous les deux comme tu le dis si bien! Mais je te laisse deviner à laquelle des réactions je suis le plus souvent confrontée…

  3. LA question épineuse!

    Quand je parle anglais on ne me fait jamais remarquer mon accent mais le français … aille … c’est une autre histoire pourtant je ne parle pas du tout comme monsieur Pellerin.

    J’avoue que pour la raison évoquée, appréhende mon court retour au Québec.

  4. tout-a-fait d’accord avec Missk. Je vivais ça au quotidien quand j’habitais en France. Et l’évolution continue même une fois de retour au bercail!

  5. Merde! J’ai oublié de mettre ma tuque et ma ceinture fléchée pour aller au boulot! Merde, j’ai dit "merde". En plus, j’ai dit "au boulot" au lieu de "a’ jobbe". Ostie, exorcisez-moé kekun! Je perds mon authenticité. Sortez-moi de Paris avant que je devienne Français, vite! Envoie, magne-toi! Euhh… non, "Aweille, grouille-toé!" MAIS QU’EST-CE QUI M’ARRIVE, MON DIEU?

    Sérieusement, c’est rigolo au début, mais après deux semaines, on s’écoeure d’être considéré comme le "joyeux bucheron de service", surtout quand on a un projet à livrer, une équipe à diriger et des clients à convaincre.

    Fred Pellerin est un conteur. Il est un produit culturel de passage, alors il peut se permettre ça. Mais pour le Québécois à Paris, comme pour le Français à Montréal, un peu de souplesse dans l’accent rend la vie beaucoup plus facile.

    Et à tous ceux qui craindraient pour ma québécitude, ne vous inquiétez pas outre mesure : j’ai encore des rages de Cheez Whiz.

  6. J’ai vécu dans différents lieux francophones, France, Haïti, Québec, et c’est ainsi que j’ai enrichi mon vocabulaire, et que mon accent s’est modifié. Il y a des pointes de mon sud (de la France) natal, des touches d’accent québécois auxquelles je tiens beaucoup mais que je ne force pas, j’aime que ma façon de parler reflète tout mon vécu. Mais c’est en constant changement, et je ne m’en rends pas toujours compte. Si je suis avec des québécois, mon langage comportera davantage d’expressions québécoises par exemple, je m’adapte naturellement, c’est tout. Je suis d’accord avec toi quand tu dis que communiquer c’est se faire comprendre. Question de respect, en effet.
    En tout cas, je peux imaginer l’exaspération des québécois qui vivent France. Une amie québécoise se moquait parfois gentiment de mes expressions françaises quand je vivais au Québec, mais ça n’a certainement rien à voir avec le rire condescendant de mes compatriotes…

  7. Je confirme que l’accent de bûcheron du Lac ne permet pas de communiquer en Afrique. J’ai donc du adapter un peu la coloration de mon langage.

    Sauf que quand je suis revenu, je suis immédiatement retourné à mon accent traditionnel: anglais avec accent du Lac :-)

  8. Ah, que c’est le fun de voir des québécois vivre ce que nous, Acadiens, vivont ici au Québec.

    "Le rire condescendant des compatriotes" est tout aussi vivant ici qu’en France. La majorité aime toujours tapper sur la minorité, un peu…

    J’avoue qu’il faut avoir de la souplesse et que pour des comédiens, c’est primordial. Mais, pour le communs des mortels, il faut toujours apporter un brin de chez soi lors de nos aventures.

  9. Ça dépend.

    Surtout en tant que conteur, c’est sa job et son image de parler en gars de région. Si il se met à parler autrement, il détruit son personnage de "Approchez les enfants, grand-popa va vous conter une histwère."

    Son image dépend de sa parlure, comme il dirait.

  10. Moi ce qui m’énerve, c’est quand je vais en Europe et qu’on me dit "Parle québécois!" ( ou CANADIEN!). Je parle comme je parle, pour être comprise ( pcq effectivement c’est épuisant de répéter) et même quand je suis au Québec, je ne sors pas tout l’attirail des mots inscrits dans X "dictionnaire québécois" ( dont j’ignore le sens pour plusieurs… Même mes grands-parents ne les utilisaient pas…)
    J’ai déjà été reçue chez une fille en France qui a crié à ses enfants" Venez entendre la Québécoise!" Je me suis sentie comme un animal de cirque…
    Mais bon, je ne renie pas ma québécitude si j’emploie un mot plus "international" tout comme je ne m’empêche pas d’en prononcer des "plus typiques".
    Je pense qu’on n’y échappe pas, partout on parle d’accent. Mon Belge de chum s’en fait parler souvent ici ( et j’avoue que j’ai parfois rigolé moi aussi de ses "hui" prononcés "oui") mais il ne s’en complexe pas. (Sauf que ça doit être lassant à la longue….) comme il s’en fait parler quand il retourne en Europe (on lui dit qu’il parle canadien). Il est donc "trop Belge" pour les Québécois et "trop québécois" pour les Belges :P
    Quand on vient d’une région du Québec, on se fait aussi parler et reparler de notre accent ou de notre absence d’accent (du Lac St-Jean, de la Gaspésie etc.) Moi on me dit que je n’ai pas l’accent du Lac, même si je n’ai pas fait d’efforts particuliers pour le gommer. Et quand j’étais au Lac, on me traitait de Montréalaise comme si c’était péjoratif.
    Pourrait-on se mettre d’accord sur le fait qu’on a tous un ou des accent(s)? Car quand on me dit: "Je n’ai pas d’accent moi, je parle le français de Paris", j’entends un accent!
    L’univers ne se résume pas à Paris!
    Et pour les gens qui font carrière ailleurs, qu’ils aient l’accent qu’ils veulent, qu’ils s’exilent le temps qu’ils veulent, c’est leur vie! Personnellement, si j’habitais en France pendant un bout, je prendrais l’accent du coin fort probablement. J’ai juste à passer trois semaines en Abitibi pour revenir avec l’accent de l’endroit.
    Ce qui m,énerve moi, ce sont ceux qui tentent d’avoir tel ou tel accent pour snober. Vive l’authenticité.
    Et ce qui me fait "rigoler" ce sont ceux qui font tout pour cacher leur lieu de naissance, comme s’il y avait un lieu moins bien qu’un autre…

  11. Bon c’est cool ce problème d’accent chez les Francophones, doublé d’un problème de préservation de la race etc…
    > Le Français se conçoit en France et à Paris (Centralisme, Jacobinisme etc…)
    La centralisation n’existe pas dans le monde anglophone. Chaqu’1 est un centre.
    Chez les Frenchies, il n’ya que Paris et rien d’autre.
    Le reste, des provinciaux, des paysans, des paiwais (je ne sais pas comment on écrit cela), avec des accents de ouf.
    Amis Québécois-es chill out, cool down.
    La langue est faite pour se comprendre comme si bien dit ci-dessus.
    Ps. une belle de la belle province pour m’apprendre le joual ave les mains? lol
    Ciao a tutti

  12. Ping : Les accents…encore! « En attendant la suite

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