Le rêve de La Course

La Presse publie aujourd’hui un dossier sur La Course destination monde, émission culte des années 1990. La Course a été mon plus grand rêve… et ma plus grande désillusion.

Étant née en septembre, j’avais 17 ans la première fois que j’ai posé ma candidature. J’étudiais en Arts et technologie des médias au cégep de Jonquière et je n’avais jamais voyagé. Originaire du Lac-St-Jean, je comptais sur les doigts d’une main les fois où j’étais allée à Montréal. Je parlais anglais comme une vache espagnole. Mais j’étais persuadée d’être L’ÉLUE. Que je DEVAIS être choisie. J’avais tourné un reportage pompeux sur un vieil Indien du nord du Lac-St-Jean. La première fois que je tenais une caméra…

Jamais eu de nouvelles.

L’année suivante, j’ai enregistré tous les épisodes de la série pour analyser les reportages. Je voulais comprendre pourquoi ils avaient été choisis, eux. C’était l’année de Manuel Foglia, de Philippe Falardeau et de Marie-Julie Dallaire. C’est d’ailleurs cette dernière qui m’a fait découvrir le Bouthan, un pays que je rêve de visiter depuis (je l’entends encore chanter Le bon roi Dagobert…). Je me souviens avec une précision étonnante de plusieurs reportages de cette année-là, mais aussi de ceux d’une émission spéciale rassemblant les meilleurs topos des éditions précédentes. Le Japon de Sophia Borovchyk, la guerre de Jennifer Alleyn (son aplomb m’avait tellement impressionnée!), le désert de Chloé Mercier, la Muraille de Chine de Manuel Foglia… Ils m’ont emmenée avec eux dans leurs explorations. Ils n’ont pas idée de tout ce qu’ils m’ont apporté. Le rêve, d’abord, mais l’ouverture, surtout. Il m’ont fait rire aux éclats et pleurer à chaudes larmes.

Quand Jean-Louis Boudou, le réalisateur, est venu donner une conférence à mon cégep cette année-là, je lui ai demandé ce qui me manquait pour être retenue. «Regarde les émissions, m’avait-il dit. Il y a un casting. Il faut fiter dans l’un des huit portraits.»

Je n’ai pas posé ma candidature l’année suivante. J’ai envoyé mon dossier deux ans après ma première tentative. J’avais gradué l’année précédente, mais je ne portais pas encore le chapeau de journaliste (ce qui m’aurait disqualifiée). Je suis allée tourner un reportage au Zoo de St-Félicien, une histoire d’amitié entre un gardien de zoo et la guenon dont il s’occupait depuis des décennies et qu’il savait sur le point d’être vendue. J’avais, entre temps, effectué un stage comme recherchiste et assistante à la réalisation et je travaillais comme assistante aux communications à MusiquePlus. Je m’étais procuré les livres de La Course et je connaissais par coeur les dossiers des candidats.

En avais-je trop fait cette fois-là? En tout cas, je n’ai même pas été convoquée en entrevue.  Il faut dire que je n’avais pas plus voyagé et que je ne parlais pas plus anglais. Toujours aussi verte, mais tellement persuadée d’être la participante idéale!

J’aurais pu m’obstiner et envoyer mon dossier à nouveau les années suivantes. Mais allais-je retarder mon entrée dans le monde du journalisme pour un coup de dé? J’avais besoin d’action. Attendre d’être «choisie»? Pas trop mon genre.

J’ai commencé à travailler dans mon domaine. Entre 20 et 24 ans, j’ai pigé pour La Presse, Filles d’aujourd’hui, Elle Québec, les émissions de télé Génération W (chroniqueuse), Le Petit Journal (reporter)… Mais je n’ai pas vraiment voyagé.

Quand je suis partie réaliser un stage de vidéoreporter à Ouagadougou, à l’aube de mes 25 ans, j’ai bien sûr beaucoup pensé à La Course. Comme j’aurais trouvé l’expérience éprouvante si j’avais été retenue! Mais je persiste et signe: j’aurais été écoeurante (bon, d’accord, plus à 25 qu’à 18 ans, mettons;-)! C’est sans doute ce que se disent aussi les centaines d’autres candidats non-retenus…

«Plusieurs des gens qui n’ont pas été choisis font leur course», avait dit Jean-Louis Boudou à l’ado que j’étais encore.

C’est ce que j’ai fait.

Et continue de faire.

P.S.: J’oubliais! C’est l’année de mes 25 ans que je me suis inscrite à des cours d’anglais intensifs à Montréal, puis à Vancouver. Un an plus tard, je l’enseignais à Taïwan…

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7 réflexions sur “Le rêve de La Course

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  2. J’en ai tellement rêvé moi aussi…
    Et à mon tour, j’ai fait ma propre course, me surprenant parfois en me disant que j’avais un bon sujet!

    En fait, ça aurait très bien pu s’appeler "ouverture sur le monde", pcq pour plusieurs, c’est ce que cela nous a apporté.

    *Mais, je ne suis pas en com et je ne suis toujours pas bilingue…

  3. J’ai aussi eu une grande émotion en lisant le dossier de la Presse. Et ton texte Julie. Ça m’a ramenée dans le temps où ce rendez-vous hebdomadaire était si important. Toute mon adolescence (qui fut marquée par l’ouverture envers les humains grâce à la Course (et à Janette!)). J’étais une grande fan et j’ai plusieurs souvenirs bien inscrits dans ma mémoire. Elle a par contre quelques failles.
    Il y a un film que j’avais adoré. Me souviens plus l’année, me souviens plus QUI?? C’était à St-Petersbourg et ça se passait sur les toits de la ville. C’est depuis ce jour que je rêve de visiter cette ville, ce coin du monde. Est-ce que quelqu’un peut m’éclairer quant à l’auteur de ce film?

  4. J’adorais beaucoup l’émission. Je me souviens surtout de Patrick Masbourian et ses topos ravageurs, surprenants et jamais insipides!! Comme la plupart des cégepiens de l’époque, moi aussi je les enviais mais je n’avais pas le guts!! Ma course, je la fait chaque jour (du moins en kilometrage) avec mon travail!!! Hahahaha… Ayant voyagé un peu, je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi (la course, pas les voyages).
    Une seule chose me tapait sur les nerfs, ce sont les concurents "intellos", ceux qui en mettaient trop. Ca se voyait et c’était insupportable. Je préferais les émotifs, ceux qui parlaient avec leur trippes!!
    Vivement un retour de cette télé-réalité pas comme les autres!!

  5. @mamanbooh: Nous faire rêver, c’était déjà un gros plus! :-)
    @Julie: Tellement de candidats sont passés par là!!! As-tu une idée approximative de l’année? Je me souviens que Manuel Foglia avait passé pas mal de temps dans le coin… mais il est loin d’être le seul à y être allé.
    @sylvain robert: Certains y allaient un peu trop intensément dans «l’auto-décrottage de tripes», aussi… ;-) Que de bons souvenirs, tout de même!!!

  6. Bon article ! Je viens de récouvrir ton blogue. J’y reviendrai. Tu parrais être une personne tenace à ses rêves. J’aime ça !

    Moi aussi je me rappelle – vaguement – de La course. C’était bien… mais ça ne m’a pas impressionné autant que toi :-)

  7. Pingback: Le retour de La Course! | Taxi-brousse

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