J’ai parfois l’impression que toutes ces années à me couler dans les moules des différentes publications auxquelles j’ai collaborées ont saboté mon écriture. L’impression qu’en quittant les cours de création littéraire en 1994 pour gagner ma vie, j’ai appuyé sur le bouton «pause».
Il y a bien des moments où j’ai senti la «machine» se remettre en marche. Pendant mon exil, surtout. Comme si ma vulnérabilité retrouvée agissait comme détonateur. Le déracinement, dans mon cas, est un puissant moteur créatif.
N’empêche, il me semble un peu facile de tout mettre sur le compte du boulot, de la routine, du manque d’exotisme, de la déprime saisonnière et des 36 manières d’atteindre l’orgasme, feints un trop grand nombre de fois sur papier glacé.
Alors j’ai recommencé à m’exercer. À tenter de réapprivoiser cette auteure de 19 ans à fleur de peau pour qu’elle me pointe la bonne direction. Elle n’est pas la même, avec tous ses tics de magazines féminins (ah bon? Il est possible d’écrire une phrase sans ploguer les mots glamour ou fashionistas?). Mais je sais qu’elle se cache quelque part, tapie derrière ses doutes. Qu’elle ne veut pas renier les seize dernières années non plus – elles font partie de ce qu’elle est devenue -, mais plutôt parvenir à s’en faire des alliées. Après tout, écrire reste écrire. Même si on a l’impression d’avoir tellement souvent fait la même recette qu’on a oublié l’existence d’autres assaisonnements…
Pour y arriver, elle doit peut-être faire table rase.
Ou peut-être pas.
Je ne sais pas. Je trouverai bien.
Faut d’abord que j’arrête de penser aux gens qui me liront, aux comparaisons potentielles, aux jugements et aux condamnations certaines.
Nope, pas gagné.
Mais je me sens déjà mieux.
MÀJ, minuit: Commentaire inutile à m’envoyer: «Sois toi-même»…
MÀJ 12 février, 11h30: À quelqu’un qui m’écrivait sur Facebook que pour gagner sa vie comme auteur, il faut pouvoir épouser plusieurs styles «comme les acteurs épousent plusieurs personages différents», j’ai répondu: «Je suis dans le processus inverse: retrouver ce que j’ai vraiment envie d’écrire, moi, et garder le minimum de piges (en fait, je n’écris désormais que pour des magazines où je peux m’éclater à fond, sinon, je garde seulement les blogues et les chroniques, qui permettent une plus grande liberté)… Je viens de passer les 16 (18, en réalité) dernières années à être un bon caméléon. C’est quoi ma couleur préférée à moi, en 2011? Je crois qu’il y en a plusieurs. Mais faut au moins que je trouve «ma palette»… lol
MÀJ 15 février: Liste de ce que je n’ai pas envie de faire, littérairement parlant: écrire un énième roman sur la trentaine ou la recherche de l’âme soeur. Overdose (même si certains le font très bien). J’ai envie d’aller dans l’émotion, mais pour l’instant, tout ce qui sort tourne en parodie/dérision/délire ou carrément en exaspération. J’imagine que ça veut dire quelque chose.
MÀJ 15 février, une heure après: l’exil, le désir et la perte des repères (peu importe la cause). Voilà les trois thèmes qui me touchent le plus comme lectrice. Ceux sur lesquels j’ai le plus envie d’écrire, aussi. Ça viendra.
MÀJ 17 févier: Le déracinement, plutôt que l’exil…
(La bonne nouvelle, c’est qu’avant de me plonger à fond dans la création, je dois terminer un bouquin qui fait appel à mon côté journalistique et se trouve à des années-lumières de l’univers des magazines féminins. Un bon trait d’union entre le journalisme et la littérature… Sans oublier la série pour enfants Lily Têtue, que je prends un plaisir fou à faire!)
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