Mes mots contre un vélo

Avec Richard Z. Sirois lors du Festival de création jeunesse (1991)

J’avais 14 ans. Je voulais un nouveau vélo, mais mes parents refusaient de m’en acheter un. En parcourant l’hebdo régional, j’aperçois la publicité du «Concours Jeune Journaliste» dont le prix était… un vélo. C’est comme ça que mon premier texte a été publié dans un «vrai» journal. (Et que j’ai eu un nouveau vélo.)

L’année suivante, je convainquais le directeur de mon école secondaire de fonder un journal avec quelques copains (dont Mylen, pour ne pas la nommer). La Porte avait comme slogan «Si ton prof te dit de prendre la porte, montre-lui fièrement».

En plus de ma chronique «Les péripéties d’une jeune donzelle», qui mettait en vedette un personnage fictif (*tousse*) pouvant s’apparenter à une Carrie Bradshaw pubère (sans le flair fashion), j’adorais faire des entrevues. J’avais le prétexte idéal pour aller parler aux gens qui m’intimidaient dans ma peau de «fille ordinaire» (ai-je dit que l’un des traits de ma jeune donzelle était sa totale incapacité à contrôler ses rougissements?)… et je pouvais parfois manquer l’école pour remplir les missions que je m’auto-attribuais. C’est aussi à cette époque que j’ai réalisé mes premières entrevues avec des artistes, notamment avec Les B.B.

L’été suivant, j’ai pris part au Camp Été-Média, organisé par le département d’Arts et technologie des médias du cégep de Jonquière. Je savais déjà que je me dirigerais vers le journalisme, mais cette semaine intensive a confirmé mon intérêt.

Depuis quelques mois déjà, je faisais partie de l’équipe de l’émission de télévision communautaire «Communicité», idée originale de mon ex-prof d’anglais (et aujourd’hui amie), Marie Fillion.

Quand je repense à mes premières expériences devant une caméra, ce sont surtout des émotions, en vrac, qui surgissent spontanément: trac, angoisses, perfectionnisme, orgueil, mais surtout, fierté. Moi, l’ado ultra-timide, je me sentais comme un poisson dans l’eau devant une caméra ou une foule (ah! je n’ai pas dit que je participais à des concours d’art oratoire à l’époque? C’est grâce aux bourses qu’ils m’ont permis d’empocher que j’ai pu m’offrir la robe de bal de mes rêves…). Je n’en suis pas à un paradoxe près.

L’année de mes 16 ans a été marquée par le retour de cette émission – devenu un cours optionnel – et par ma participation au Festival de création jeunesse comme reporter télé. Nous, petite équipe du Lac-Saint-Jean, étions responsable de la couverture de cet événement se déroulant dans la grande ville (c’est là qu’a été prise la photo de moi en compagnie de Richard Z. Sirois, porte-parole de l’événement cette année-là)! À cette époque, Montréal était pour moi l’équivalent de Pluton aujourd’hui. Un rêve inaccessible (remarquez, je ne rêve pas particulièrement d’aller sur Pluton).

Je n’avais pas encore 17 ans quand j’ai transporté mes pénates à Jonquière. Ma chambre des résidences étudiantes était minuscule, mais mes rêves, gigantesques. Je prenais toujours autant de plaisir à écrire (tant de la poésie que des articles – j’écrivais des histoires et des vers bien avant de rédiger mes premiers reportages).

Cette année-là, j’ai vendu mon billet pour le spectacle de Jean Leloup que j’attendais avec tant d’impatience pour participer à un récital de poésie. J’ai fait foirer une pièce de théâtre dans laquelle j’avais décroché un rôle parce que je n’arrivais pas à gérer la surcharge de travail nécessaire à la réussite de mon cours d’actualité internationale (je me suis d’ailleurs excusée pendant des années auprès d’un certain Laurent Paquin, acteur principal de ladite pièce – j’y pense encore chaque fois que je le croise – ô, culpabilité!). J’ai aussi mis le feu dans le micro-ondes d’une copine en faisant du pop-corn, mais c’est une autre histoire.

Bref. Ma première année de cégep a été en dents de scie.

Je ne sais pas si c’est la permanente que j’ai eu la bonne idée de me faire faire l’année suivante (!) qui a tout changé, mais je suis soudainement devenue «une femme de carrière». Avec un veston à épaulettes pis toutte. J’étais la digne (mais boutonneuse) représentante des deuxième année au Cercle de presse du Saguenay et j’ai remis un prix au gala des Alfred – ce qui m’a valu un baiser sur la joue de la part d’Henri Vieu, prof qui a fait craquer des générations d’étudiantes.

Cet automne-là, le hasard m’a amenée à découvrir que le boxeur Stéphane Ouellet, alors dans le pic de sa carrière, écrivait de la poésie. L’anecdote est devenu un article pour La Pige, journal produit par les étudiants d’A.T.M. Quelques jours plus tard, un chef de pupitre de La Presse me contactait pour me dire qu’il souhaitait le reprendre dans La Jeune Presse. Ne vous demandez pas pourquoi j’ai toujours un attachement aussi fort aujourd’hui envers ce journal…

1995 - Photo de ma carte d'identité de l'UQAM

Toujours pendant cette deuxième année, mon ami Jef et moi avons fait équipe pour réaliser un super-reportage sur LES JEUNES. Oui, je sais, ce n’est pas un sujet, ça, LES JEUNES (lol). Mais en plus d’avoir une très bonne note, nous avons vendu notre premier papier à un magazine. Son nom: Filles d’aujourd’hui. Ceux qui me connaissent bien se souviendront probablement que j’ai par la suite collaboré à ce magazine jusqu’à sa disparition (en 2005, si ma mémoire est bonne).

J’ai rangé tous mes vestons peu après et, quelques mois plus tard, j’ai opté pour un look plus grunge, comme en témoigne la photo de gauche (c’est d’ailleurs la seule sur laquelle on aperçoit le piercing que j’ai brièvement porté au sourcil gauche).

La suite serait trop longue à raconter, mais en résumé, j’ai commencé ma «vraie» vie professionnelle à MusiquePlus à l’âge de 19 ans (stage en recherche et assistance à la réalisation puis boulot au département des comm) et slalomé entre plusieurs boîtes de productions, journaux, magazines, sites Web et salles de classes asiatiques.

Pourquoi je raconte tout ça? Simplement pour dire que ma passion ne date pas d’hier. Et qu’encore aujourd’hui, je prends un plaisir fou à passer d’un média à l’autre. Je croyais avoir fais une croix sur la télé, mais il me suffit d’avoir une caméra braquée sur moi pour réaliser que la petite flamme n’est pas tout à fait éteinte. Et quand je vois l’un de mes articles dans un journal, j’ai encore un petit buzz. Comme ce fut le cas il y a deux semaines dans Métro (j’en profite pour remercier Josiane Farand qui m’a permis d’utiliser la photo qu’elle a prise de moi pour le magazine Fuga destination spa).

J’aime aussi toujours écrire pour le Web, qui me permet de gagner ma vie depuis plus de quinze ans maintenant. Pour moi, le format «blogue» est la parfaite combinaison de mes passions. Je peux alterner entre un style d’écriture plus personnalisé ou plus journalistique, selon mon humeur ou le sujet. J’intègre parfois des vidéos, très souvent des photos. J’aime la liberté et la flexibilité du média.

Je me sens privilégiée de tirer une partie de mes revenus grâce à mon blogue EnTransit.ca qui se trouve sur MSN.ca. En 2011, Coup de pouce m’a également offert une tribune fantastique avec Un baluchon pour deux. L’année d’avant, je participais à l’aventure Espadrilles et champagne en France.

Pourquoi je raconte tout ça? Simplement pour faire écho aux multiples discussions que j’ai eues ces derniers jours à propos de la nouvelle édition québécoise du Huffington Post.

Je gagne ma vie avec l’écriture. Il m’apparaît donc inconcevable, comme journaliste-blogueuse-auteure-chroniqueuse d’écrire gratuitement. Je le fais ici, puisque cet espace est le mien, et pour Copines en cavale, en alternance avec six amies et parce qu’il se trouve chez Ulysse, éditeur de guides de voyage que j’adore et dont le chiffre d’affaires n’est pas exactement le même qu’AOL, mettons.

Il faut dire que j’ai déjà donné, côté bénévolat. J’ai multiplié les collaborations très tôt, histoire de garnir mon portfolio. Encore aujourd’hui, je suis la première à conseiller aux jeunes journalistes de faire de même. Il faut faire ses classes. Manger ses croûtes. Gagner ses épaulettes! Mais à un certain moment, ça suffit. Quand on devient un professionnel de l’écriture, la game est différente. Elle devrait l’être, du moins.

Une amie me faisait remarquer que toutes les personnes qui ruent dans les brancard à propos de la non-rémunération du Huffington Post sont des journalistes. «Ils ne vous enlèvent rien», m’a-t-elle dit. C’est vrai. (Pour l’instant, du moins.) Michelle Blanc, elle, s’amuse du fait que ces mêmes journalistes considèrent les blogueurs comme «des scribes de deuxième classe».

Chacun a ses raisons pour bloguer. Il n’y en a pas de bonnes ou de mauvaises. Anne-Marie Wintenshaw a mentionné sur Twitter qu’elle allait publier de temps des temps des entrevues qu’elle n’aurait pas pu vendre ailleurs. D’autres ont parlé du fait qu’ils avaient déjà des emplois payants et n’avaient pas besoin de ce revenu.

Ce n’est pas mon cas. Moi, le temps que je passe à écrire «gratuitement» se soustrait de mon hypothèque (que j’ai déjà du mal à payer – dois-je rappeler que, si écrire sur les voyages peut sembler très glamour de l’extérieur, c’est l’un des créneaux les moins payants?).

Je n’ai pas commencé à bloguer du jour au lendemain: je possédais déjà un bagage solide comme journaliste et rédactrice avant de plonger dans cet univers. C’est pourquoi je suis toujours un peu insultée quand on m’approche pour bloguer «pour la visibilité» (je précise ici que Le Huffington Post ne m’a jamais proposé de bloguer gratuitement, de toute façon, je ne crois pas que les voyages constituent une priorité pour le site à l’heure actuelle). La visibilité pour la visibilité est un luxe. Si elle vient en plus d’un salaire, c’est un fichu beau bonus.

Je suis très heureuse d’avoir rédigé trois articles (rémunérés) pour Le Huffington Post depuis son lancement. Car peu importe les débats – très sains, soulignons-le – qu’il soulève, il apporte une bouffée d’air frais dans un univers où il est plutôt vicié. En ce sens, pour moi, l’arrivée de ce nouveau média est fichtrement positive.

Que me réservera 2012, sinon? Aucune idée. Peut-être un nouveau vélo? Je ne dis pas non. Surtout s’il peut m’emmener loin. Encore plus loin.

MÀJ 1: Une autre des choses qui m’a amenée à réfléchir à mon parcours est la récente découverte d’une page Wikipédia à mon sujet (la consécration! lol). Oui, oui! L’étudiante qui l’a conçue a fait son coming out après ma tentative de corriger une petite erreur. ;-)

MÀJ 2: Autre élément qui a contribué à réveiller ma nostalgie: je viens de terminer un petit contrat de recherche pour MusiMax 18 ans après avoir fait mon stage à MusiquePlus… Le temps file.

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7 réflexions sur “Mes mots contre un vélo

  1. J’entends l’écho et je parie que nous étions à Jonquière dans les mêmes années au CEGEP. Beau parcours de vie. Bravo!

  2. Suis-je l’un des rares a avoir vu cette figure grunge percée dans les corridors de l’UQAM?? Beaucoup de choses se sont passés depuis ce fameux cours de création. Je n’ai pas retenu grand chose sinon le privilege de rencontrer mon idole, c’est-a-dire TOI!! ( Bon j’exagere un peu quand meme car si je te croisais avec Gong Li ou Chalotte Gainsbourg, peut-etre n’aurais-tu pas toute mon attention!!!) Je suis toujours impatient de te lire, de te voir a la tivi ou encore de t’entendre a la radio. Meme si je n’aime pas tout ce que tu fais (question compatibilité surtout, moi la mode, beurk!!), j’ai par contre beaucoup de respect pour tout ce que tu touches.Et ce, depuis l’époque ou tu faisais du bénévolat sur un film étudiant!! Ta bonne humeur contagieuse, ton audace, ta spontanéité, tes dérapages memes, font de toi une fille unique! J’espere pouvoir profiter encore longtemps de ton talent hors-pair de communicatrice! Merci d’etre toi!! xxx

  3. J’aime cet autoportrait de jeunesse… Et le plus beau, c’est que tu n’as pas trahi la Marie-Julie d’antan.
    Quant à la page Wikipédia, là, franchement, c’est la gloire !!!! :lol:
    Vivement la suite… (Et vivement la Grèce !!!!) ;-)

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