Astuces pour voyageuses en solo

Il y a quelques semaines, inspirée par cet article d’Evelyn Hannon alias Journeywoman, j’ai proposé à La Presse de recueillir les tuyaux de voyageuses en tous genres, de tous âges et de tous les milieux. Le résultat a été publié dans l’édition du samedi 5 mai. Comme j’ai reçu de nombreuses réponses intéressantes, en voici quelques autres en bonus. Certains témoignages sont redondants, mais j’ai choisi de les présenter quand même parce que chacun a sa propre couleur. Vous constaterez rapidement que la plupart des femmes qui répondent à ce genre d’appel travaillent de près ou de loin dans le domaine des communications.

«Choisir la destination avec soin.  Certaines sont plus propices pour les femmes voyageant en solo.  Par exemple, il est plus difficile de voyager seule dans les pays où tout l’hébergement se trouve chez l’habitant.  C’est chouette et authentique, mais difficile de rencontrer des gens et se faire des compagnons de voyage.  Même chose pour les pays où les hommes ne sont pas tellement habitués aux femmes qui voyagent seules.  Ça peut être long une semaine à te faire dire «Hey la gazelle!» à tous les 100 mètres.»

- Wendie Godbout, 31 ans, directrice chez High Road Communications

«Lorsque je voyage seule, j’organise mon horaire pour ne pas arriver de nuit dans une ville que je ne connais pas. Sur le site du ministère des Affaires étrangères, on lit pour plusieurs pays: "Évitez de vous déplacer la nuit". Personnellement, je préfère un trajet de nuit qui me mènera au matin à ma destination, qu’un voyage de jour qui me fera arriver tard en soirée. J’ai besoin de voir, de me trouver des repères lorsque je débarque dans un lieu. Évidemment, ça dépend de la région. (…) J’ai voyagé seule à plusieurs reprises en Europe, en Afrique et en Amérique latine et contrairement à ce que plusieurs pourraient penser, c’est en Europe que j’ai été confrontée aux situations les moins agréables en tant que fille qui voyage seule. J’ai souvent utilisé des sites comme Hospitalityclub.org et CoughSurfing pour aller prendre un café avec un "local". Les gens associent ces sites à un service d’hébergement, mais c’est aussi une façon de s’asseoir dans un café avec un résident qui a envie d’échanger sur son pays, j’essaie de les rencontrer au début de mon périple question d’emmagasiner trucs et conseils.»

– Hélène Mercier, 30 ans, journaliste indépendante

«Ne pas se fier aux peurs des autres, mais plutôt chercher de l’information de première main: trouver une femme qui a fait un voyage semblable à celui qu’on veut faire et la questionner sur son expérience, ce qu’elle a trouvé difficile, ses conseils spécifiques. C’est selon moi la meilleure façon d’ancrer son voyage dans la réalité et non dans la projection de nos peurs!»

– Anick-Marie Bouchard, 30 ans, auteure et blogueuse (www.globestoppeuse.com)

«Je choisis toujours des quartiers et des endroits sécuritaires et je ne laisse jamais ma clé à la réception de l’hôtel. Je ne porte jamais de bijoux et j’essaie de m’habiller de façon à me fondre à la population locale. Si les femmes portent de longues jupes et sont vêtues modestement, je ne vais pas me promener en minijupe. C’est aussi une question de respect.»

– Nathalie Rivard, 48 ans, journaliste indépendante et blogueuse (Foodiesemporium.com)

«Le plus important, dans le fond, c’est l’attitude et l’état d’esprit dans lequel on est. Il faut savoir être confiante, ouverte, curieuse, optimiste. Mais aussi attentive et pas trop naïve. Il faut aussi apprendre à écouter la petite voix au fond de soi, son "instinct" comme on dit souvent. Quand "on ne le sent pas", en général, on peut s’y fier. Mais quand "on le sent" aussi. 

Quand on voyage seule, c’est une liberté fantastique, mais il faut aussi faire attention à soi pour ne pas transformer le voyage en galère. Donc faire preuve de bon sens, mais sans se prendre la tête, comme dans la vie de tous les jours, avec juste quelques petites mesures simples, valables partout: avoir de quoi soigner les petits bobos éventuels, mais pas la peine de s’encombrer d’une énorme pharmacie (…), emporter le minimum (il faut pouvoir trimballer son bagage seule si besoin), pas la peine de s’encombrer, mais veiller à s’habiller (et se comporter) comme il convient selon les régions visitées (par exemple ne pas traîner en short mini et top à bretelles, dans les coins où ça ne se fait pas pour les femmes, etc.), etc.»

– Corinne Bourbeillon, trentenaire, journaliste et blogueuse (petitesbullesdailleurs.fr et evasions.blogs.ouest-france.fr)

«Il n’y a rien de plus déprimant que de débuter un voyage en attandant près du carrousel à bagages, longtemps après que tout le monde ait retrouvé le sien, et de réaliser que le vôtre manque à l’appel. Quand vous voyagez seule, vous n’avez personne à qui emprunter du dentifrice ou des sous-vêtements propres. Je prépare toujours un petit sac de toilette ainsi que deux ensembles faciles à plier dans mon bagage à main et, si je me rends dans une destination soleil, une paire de sandales et un bikini.»

– Nikki Bayley, 41 ans, journaliste indépendante

«Pour moi, il faut être toujours vigilante, en toutes circonstances. J’ai l’habitude en quelque sorte d’avoir un radar, qui scanne en permanence mon environnement. Il faut regarder devant soi, mais aussi savoir ce qui se passe derrière soi, et sur les côtés… Avoir conscience de son environnement pour pouvoir détecter s’il y a un individu qui semble louche et pouvoir anticiper. J’ai l’habitude de beaucoup me fier à mon instinct. Si quelqu’un me semble bizarre, je n’hésite pas à changer de trottoir, ou éventuellement rentrer dans une boutique… Je n’essaye pas de rationaliser mes impressions, de me dire, arrête d’être parano ou quoi… Si j’ai le moindre doute, le moindre signal dans un coin de ma tête ou dans le ventre, j’en tiens compte.»

 Sarah Dawalibi, journaliste et blogueuse (www.leblogdesarah.com)

«En contact avec des hommes pendant le voyage, s’ils se positionnent rapidement dans une relation de séduction, placer tout de suite une mention relative à l’aspect familial pour resituer son propre statut de voyageuse (temporairement ou exceptionnellement) solitaire. Par exemple, je m’arrange pour citer mon fils, mon mari (quitte à mentir un peu!), et demandez aussi si l’autre a des enfants afin de lui montrer qu’on le considère comme un père et non comme un homme. Ça fonctionne plutôt bien! 

Ne pas s’isoler. Quand je dois voyager sur un long trajet en train, bateau, bus, je m’arrange souvent pour établir un contact avec une autre femme, un autre couple ou une famille. Le contact peut n’être que visuel au départ, ou un petit échange rapide mais sympathique au sujet du voyage. En général, les "locaux" intègrent facilement une femme seule dans leur sphère et se montrent plutôt accueillants, les repas sont souvent partagés et on ne me laisse pas seule dans mon coin, je deviens un élément distrayant de leur voyage et des liens se tissent, facilitant aussi les contacts à l’arrivée.

Toujours emporter un paréo avec soi, partout! Multi-usages, il protège mon équipement photo, facilite les baignades ou la douche impromptues, isole de la saleté d’un banc ou de draps douteux, sèche en un clin d’oeil, et surtout me permet de me couvrir la tête, les bras, ou les jambes si je veux entrer dans un lieu saint ou dans une maison familiale. Indispensable, léger, et pas cher. Mon paréo fétiche a plus de 10 ans, un peu décoloré, mais il me suit partout!»

– Marie-Ange Ostré, quarantenaire, blogueuse et éditrice du magazine en ligne Repérages Voyages (www.unmondeailleurs.net)

«Je suis une voyageuse urbaine. Je me concentre sur les grandes villes pour une raison simple: je suis monoparentale à temps plein, mon temps est limité et mes gardiennes aussi. Alors pour moi présentement, un voyage c’est 10 jours max.

Mes tuyaux: 1-J’apporte mon iPhone partout. En voyage, c’est le seul appareil photo que je traîne. Il est léger et très efficace. De plus, si je me retrouve dans une situation problématique, je peux texter, téléphoner ou encore m’en servir comme lampe de poche! Il ne lui manque qu’un tire-bouchon et un ptit couteau de type canif et ce serait parfait pour un vin, baguette, fromage dans les jardins du Luxembourg à Paris! ;-) J’ai acheté une batterie de secours supplémentaire, ainsi je ne suis jamais à cours de jus. 2- Mes guides touristiques sont dans mon iPhone. Encore là, c’est beaucoup plus facile à traîner et c’est beaucoup plus discret lorsque je les consulte: je n’ai pas l’air d’une touriste seule, démunie et perdue. 3- Je traîne toujours des ustensiles de base et un tire-bouchon. Seule, les restos peuvent parfois être lourd et coûteux alors j’en profite pour aller dans les marchés locaux, acheter des trucs que j’ai jamais vu et me taper un pique-nique improvisé! 4- Une fille seule peut souper où elle veut sans réservation! Il faut seulement oser. Lors de chacun de mes voyages, j’ai réussi à trouver une place dans des restos où il fallait réserver des semaines à l’avance. C’est simple: portez la fameuse petite robe noire, ajoutez-y une grosse dose de bonheur contagieux, demandez une place au bar et je vous assure qu’on vous trouvera rapidement un espace. J’ai passé à New York et à Barcelone des soirées mémorables!»

–  Isabelle Gagné alias Miss Pixels, 41 ans, artiste en art mobile, designer graphique et illustratrice (www.misspixels.com)

«Laissez faire la fausse bague afin de repousser les hommes, cela leur importe souvent peu! Soyez plutôt vigilantes, ne portez pas de vêtements trop osés, évitez les endroits où vous pouvez vous retrouver seule avec des hommes et tentez d’ignorer leurs avances. Ma déformation professionnelle m’incite également à recommander d’apporter des préservatifs en voyage, on se sait jamais ce qui peut arriver. Ce serait bien dommage de revenir avec une maladie transmise sexuellement!»

– Marie-Hélène Dufour, 27 ans, médecin de famille

«1- Se vêtir adéquatement. (…) 2- Ne pas accepter de chambre au niveau du sol avec accès facile de l’extérieur comme un balcon ou une sortie de secours. 3- Il n’y a pas de mal à relaxer au bar de l’hôtel, mais ne laissez jamais votre verre sans surveillance, des gens malveillants pourraient sauter sur l’occasion pour y glisser la drogue du viol.  La bonne nouvelle: il eixste maintenant des produits qui permettent de tester notre propre boisson. Info: www.drinksafetech.com.»

–  Evelyn Hannon, 72 ans, éditrice du blogue Journeywoman.com

«Je ne flâne jamais seule tard le soir. J’essaie autant que possible d’organiser/choisir mes propres affaires à l’avance (activités, transports…). Si un taxi m’accoste sur la route ou des offres de dernières minutes, je refuse poliment et je choisi moi-même mon moyen de transport.»

–  Rachel Deschênes, 38 ans, entretien mécanique chez Bombardier et blogueuse (fifille.jimdo.com)

«1- Ne montrez pas vos craintes et avancez avec assurance. Il faut toujours montrer qu’on a confiance en soit que l’on sait où l’on va, que l’on sait ce qu’on fait. Ne jamais laisser paraître la moindre peur, c’est elle qui attire les ennuis! 2- Quand on voyage en solo, on ressent beaucoup d’émotions et l’instinct est décuplé. Il faut faire confiance à celui-ci, aussi bien celui qui nous dit "tiens celui-là il a l’air sympa tu peux avoir confiance et accepter sa proposition" comme celui qui dit " hou là là ce quartier est louche, ne reste pas dans les parages". Tout au long de mon tour du monde, j’ai fait confiance à mon instinct et il ne m’a joué aucun tour! 3- Le sourire. C’est un énorme atout que de se balader le sourire aux lèvres, ça ouvre des portes, des opportunités, des rencontres! 4- Il faut aussi avoir une petite dose de nonchalance (ou d’indifférence), une petite bulle dans laquelle s’isoler et se réfugier pour éloigner tout ce qui pourrait jouer des tours ou créer de l’empathie à la voyageuse en solo (ex: les conducteurs de Tuk Tuk qui répètent à chaque coin de rue "Tuk Tuk Lady", les mendiants qui font pitié, la saleté, la misère…). 5- Etre attentive à son environnement et ses affaires: voyager en solo, c’est être seule à surveiller ses biens alors quand on se déplace avec ses sacs ses épaules, mieux vaut ne pas se laisser déconcentrer (surtout en Amérique du Sud).» 

– Adeline Gressin, 37 ans, blogueuse (www.voyagesetc.fr)

«Éviter les ruelles et les endroits déconseillés par les guides, dormir aux endroits proposés par  les guides Ulysse, Le Routard ou Lonely Planet pour être entourée de voyageurs, voyager très léger, pas sexy, sans bling bling et cacher ses articles techno le plus possible, suivre son instinct et profiter du voyage sans avoir peur. S’informer aussi avant de partir des arnaques populaires à l’endroit où on va, s’intégrer à de petits groupe de touristes étrangers pour de courtes périodes, donner des nouvelles le plus souvent possible, avec détails de votre itinéraire. J’évite par ailleurs de m’asseoir près des portes et des fenêtres avec mon équipement et j’ai toujours en main des sangle pour tout attacher (à une porte de table, par exemple). Je mets aussi des cadenas à mes sacs.» 

Nathalie Pelletier, 43 ans, réalisatrice

«Foncez! Il ne faut surtout pas s’empêcher de voyager parce qu’on est seule, c’est là qu’on fait des rencontres extraordinaires et qu’on se mélange aux autres. Choses à ne pas oublier dans ses bagages: sacs de compression pour que nos vêtements prennent moins d’espace dans nos bagages, et Towtab, lingettes en pastilles géniale pour se rafraîchir ou se laver quand on a pas accès à une douche. Pas besoin de payer cher, on en trouve chez Dollarama!»

–  Cynthia Lemay, 37 ans, éducatrice spécialisée

«Je vais souvent dans les hôtels de "backpackers", plus propices à la rencontre avec d’autres voyageurs, pour briser la solitude. En plus, dans ces établissements, il y a souvent un cahier où les voyageurs partagent leurs expériences. Il m’est arrivé à quelques reprises de lire des textes de femmes ou de filles qui donnaient des trucs ou des tuyaux "locaux". Par exemple, en Jordanie, j’avais lu que pour se débarasser des hommes qui deviennent parfois lourds avec les Occidentales dans la rue, on peut se montrer fâchée et leur parler fort pour leur signifier qu’on n’est pas intéressée. Dans le cahier, une fille écrivait que des femmes étaient accourrues pour l’aider à se débarrasser du type en question après avoir agit de la sorte, l’abreuvant d’injures et lui donnant des coups avec leurs chaussures. L’info m’a été bien utilie quelques jours plus tard, quand un jeune homme n’arrêtait pas de me suivre pour me demander un petit baiser (rien de méchant ou d’agressif, mais juste fatiguant)!»

– Emmanuelle Dessureault, 36 ans, agent d’évaluation et de programmation à Radio-Canada

«Une journée vide dans un itinéraire bien chargé, ce n’est pas une perte de temps. Un musée de plus, un musée de moins au final… C’est pas la fin du monde. Quand on se lève le matin, on ne sait pas qui on va rencontrer. Si la journée est bookée de six à minuit, y a peu de chance que l’inattendue ait le temps de vous émerveiller. En voyage, on a la chance de recommencer à zéro; reconstruire son horaire. J’espère que j’aurai le courage de conserver ces petits trous dans mon mode de vie quand je vais revenir à Montréal

– Véronique Voyer, 22 ans, journaliste indépendante et blogueuse (À la gonzo)

«S’armer de patience, ne pas foncer frénétiquement à travers les pays et les continents.»

– Corinne Stoppelli, 28 ans, designer web et auteure

Deux billets à lire si le sujet vous intéresse: celui-ci de Corinne Bourbeillon et celui-là, signé Marie-Annick Boisvert. J’ai également écrit sur le sujet à plusieurs reprises, entre autres sur EnTransit.ca.

La thématique n’a pas fini de m’inspirer…

Pour lire mon article publié dans La Presse, par ici.

Pour me suivre sur Twitter: @Technomade.

10 réflexions sur “Astuces pour voyageuses en solo

  1. Vraiment intéressants ces témoignages! C’est vrai que chaque pays propose un contexte différent, on ne peut pas vraiment comparer le Pérou par exemple avec le Vietnam ou le Canada…mais reste que la réalité (que je digère toujours un peu mal) est qu’une femme qui voyage seule devra prendre davantage de "mesures de prévention/sécurité" qu’un homme qui voyage seul, bien sûr en essayant de ne pas tomber dans la paranoïa!

  2. Vraiment intéressants ces témoignages, c’est vrai que chaque pays propose un contexte différent, on ne peut pas vraiment comparer le Pérou par exemple avec le Vietnam ou le Canada, mais reste que la réalité (que je digère toujours un peu mal) est qu’une femme qui voyage seule devra prendre davantage de "mesures de prévention/sécurité" qu’un homme qui voyage seul, bien sûr en essayant de ne pas tomber dans la paranoïa!

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  5. Bonjour , je constate que la plupart des solivoyageuses sont journalistes et sans doute est ce un atout de part cette formation. Je ne parle que le français, n’est ce pas un handicap à la communication? Anglais ou Espagnol?

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