Vus d’ici, les typhons font très peur. On s’imagine que les images diffusées en boucle dans les journaux télévisés représentent le lot de tous les habitants des zones touchées. Comme pour n’importe quelle nouvelle, on sélectionne bien sûr les séquences les plus saisissantes. Pas la banalité de la plupart des cyclones.
Je suis débarquée à Taïwan en juillet 2001 après le passage «d’un des typhons les plus dévastateurs de l’histoire» (j’ai compris par la suite que presque chaque nouveau typhon était affublé de ce titre!). Dans les rues de Taichung, des arbres jonchaient le sol. La ville portait les cicatrices de sa visite. Plutôt impressionnant pour quelqu’un qui s’apprêtait à passer une année sur place…
Au cours des semaines qui ont suivi, j’ai vécu quelques autres épisodes «typhons». J’avais, entre temps, transporté mes pénates à Keelung, au nord de l’île, à une trentaine de minutes de Taipei. Rapidement, je me suis mise à comparer les typhons à nos tempêtes de neige: on fermait les écoles à l’annonce d’une tempête plus intense, on recommandait aux gens de ne pas sortir de chez eux et de faire des provisions… et on attendait que ça passe. L’une de mes ex-colocataires m’a même rappelé récemment qu’une des premières choses que je lui avais mentionnée à son arrivée était les ventes «post-typhons»! Si certains marchands touchés par les tempêtes tropicales souhaitaient écouler leur marchandise, d’autres s’en servaient clairement comme argument marketing…
Les surfers, eux, trépignaient d’impatience à l’annonce d’un typhon. «C’est le meilleur moment pour affronter les vagues!» m’a déjà confié l’un d’eux. À chacun sa manière de voir les choses!
Cela dit, loin de moi l’idée de banaliser la chose. Il m’est arrivé de ressentir l’intensité des éléments en furie alors que je me trouvais dans les airs, quelque part entre Hong Kong et Taipei (j’avais l’impression d’être dans une montagne russe!). Une fois arrivée à l’aéroport, impossible d’aller nulle part à cause des dégâts. Les rues étaient innondées. Les hôtels à proximité de l’aéroport, complets. Comme je le raconte dans Cartes postales d’Asie, j’ai célébré mon 27e anniversaire le ventre vide, couchée sur une chaise à massage qui me demandait constamment d’insérer des pièces, en attendant de pouvoir quitter les lieux…
Morakot n’a rien à voir avec les typhons qui m’ont fait rater quelques jours de classe à l’époque. Ma copine Violette, qui vit entre Vienne et Taipei et qui en a vu d’autres, a d’ailleurs fait parvenir le courriel suivant à tous ses amis:
dear friends/colleagues,
please help as you can — contact your local charity organisations for
donation or simply express your support through internet, we needs your
help!or send your love to the people who suffer from losing their home/entire
village/dear family members/friendsthank you!
violette
Pour qu’on continue d’en parler dans nos quotidiens, c’est que la situation est particulièrement critique. On a tous vu les images de cet hôtel qui s’effondrait comme un château de cartes. Bien que je ne cautionne pas ce genre d’activité, les images du «chasseur de tornades extrêmes» James Reynolds représentent bien ce qu’on peut voir «quand on est dedans»:
Le bilan de Marakot a atteint 121 morts mais pourrait en réalité dépasser 500. Boston.com publie des photos qui en disent long. Des groupes Facebook ont aussi été créé afin d’apporter du soutien aux Taïwanais touchés par le typhon.
Malgré tout, je retournerais vivre à Taïwan sans trop d’hésitations…














