Ma copine Catherine Vidal a réalisé un très beau film, Few and close between (en français Tokyo à l’étroit: exils en la demeure) sur les gaijin houses, ces maisons où vivent des étrangers au Japon. Il sera diffusé pour la première fois en français à la télé (en version écourtée) dans le cadre de l’émission Les Grands Reportages, à RDI, le jeudi 19 juin à 20h. Le documentaire met en scène des «personnages» aux vécus fort différents, dont une Québécoise installée là-bas.
Ayant vécu elle-même dans ce type de logement en compagnie de son copain (et de quelques coquerelles, comme elle s’amuse à le rappeler dans son communiqué de presse), la réalisatrice a choisi de laisser les protagonistes raconter leurs expériences (et leurs péripéties parfois rocambolesques), s’effaçant derrière leurs propos. N’ayant obtenu aucun financement, elle a économisé chaque sou à son retour à Montréal pour repartir tourner le film qui lui était resté en tête. Elle a tout fait (recherche, caméra, entrevues…) avec la complicité du monteur Thomas Hallé et du musicien Alex Fouquet, en plus d’enseigner l’anglais sur place pour arriver à joindre les deux bouts. Le résultat est franchement réussi (et je le dis en toute objectivité!), en grande partie grâce au casting (on craque inévitablement pour Chris, un Canadien à l’humour disons… particulier). Et que dire de Tokyo, qu’on ne se lasse pas de regarder sous tous les angles!
Je vous laisse avec la bande annonce pour vous mettre en appétit.
Avis aux journalistes intéressés à faire des entrevues avec Catherine, son courriel est catvidal@hotmail.com (non, elle n’est pas sur Facebook)!
C’est Christopher Downs qui m’a mise sur la piste. Je n’ai pas été déçue, malgré les nombreux superlatifs utilisés par tout un chacun (The New York Times l’a classé parmi les 10 meilleurs restaurants gourmets de la planète!): DinTaiFung, rue Xinyi, à Taipei, a ravi mes papilles à chaque bouchée. Petit Trésor a poussé de grands «Huuuum!» en dégustant les dumplings au porc et aux crevettes. Pour ma part, je ne croyais pas qu’une soupe aux nouilles et boeuf pouvaient être aussi savoureuse.
Rien de guindé: une atmosphère très «bonne franquette». C’est d’ailleurs l’un des aspects qui plaît. On a l’impression d’entrer dans n’importe quelle nouillerie du coin (mis à part les toilettes: j’y ai vécu ma première expérience de toilettes chauffantes japonaises! Houuuuu! lol). La surprise n’en est que plus grande lorsqu’on découvre les plats.
Pour la petite histoire, le premier restaurant a ouvert ses portes à Taïwan (celui où nous sommes allés) en 1958. C’était au départ un petit commerce où l’on vendait de l’huile (l’enseigne originale - en chinois - est d’ailleurs toujours là). En plus des établissements qui ont maintenant pignon sur rue à Taïwan, on trouve des succursales de DinTaiFung en Chine, à Singapour, au Japon, en Corée, en Indonésie, en Malaisie, en Australie et aux États-Unis. Pas mal pour une petite gargote hein?
Vous rappelez-vous de ce personnage? Même si cette série réalisée dans les années 1980 se déroule en France, j’avais oublié qu’elle était made in Japan. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur du mascara à l’effigie de l’héroïne en entrant dans une succursale de Watsons (genre de Jean Coutu), à Taipei, alors que je cherchais désespérément des niao pou (couches) pour ma chérie la semaine dernière…
Vous savez dans les films, quand le héros se réveille après des années de coma? C’est exactement comme ça que je me suis sentie en retournant à Keelung, six ans après l’avoir quittée.
Nous avons pris «le bus de l’hôpital», qui relie deux établissements hospitaliers de Taipei et de Keelung et nous amène à deux pas de notre ancien appartement (où je suis venue vivre avec Jo au courant de l’été 2002). C’est en apercevant le train station, où je suis passée si souvent, que les larmes se sont mises à rouler sur mes joues. J’étais intarissable. J’ai tout revu: mon arrivée dans cette petite ville, ma rencontre avec ceux qui sont devenus mes étudiants, mes grandes joies comme mes grandes peines.
Puis, nous sommes descendus. Devant l’hôpital où j’ai passé une semaine à l’été 2002 en pensant y laisser mon oeil gauche. C’est à ce moment que la pluie, qui tombait depuis le matin, a miraculeusement cessé.
Nous avons marché jusqu’à «notre» immeuble, en silence (Bébé s’est endormie sitôt arrivés à Keelung et a ouvert les yeux alors que nous repartions). La ruelle avait été transformée, mais le bâtiment où se trouvait notre appartement était intact. La porte de l’immeuble était entrouverte…
- On y va? ai-je suggéré.
- Non…
- Non?
- Non.
Nous sommes restés sur le pas quelques secondes puis nous sommes dirigés vers le stand de taxi. Le marchand qui donnait toujours des fruits à Joseph n’était plus là. Michael, le chauffeur de taxi qui nous lançait toujours un retentissant «commatallezvous» non plus.
La voiture jaune nous a déposée devant le train station.
- Oups. Pas d’ascenseurs ici…
Dans les montagnes, les escaliers qui montent et descendent sont légion. Heureusement, Chéri a de bons bras! Bébé ne s’est aperçu de rien, mais elle a permis à son père de développer ces muscles ce jour-là.
***
Dès l’entrée du premier tunnel que nous devons emprunter pour nous rendre à Sacred Heart School, j’ai compris que bien des choses avaient changées. Un écriteau mentionnant le nom de l’école en chinois ET en anglais indiquait la direction à suivre pour s’y rendre. Rien à voir avec l’époque où je suis débarquée.
Le trajet m’a paru irréel. J’étais coincée entre deux vies, dans une espèce «d’entre-temps» qui m’échappait complètement. «C’est weird», ne cessais-je de répéter.
***
17h10. La classe est terminée pour la plupart des étudiants. Quand nous nous mettons à croiser nos premiers jeunes arborant les uniformes de Sacred Heart, je me mets malgré moi à chercher les visages de ceux qui ont partagé mon quotidien pendant ma courte vie de prof. J’ai beau savoir qu’ils ont gradué, depuis le temps, c’est plus fort que moi.
- C’est Lily! Je suis sûre que c’est Lily!
- C’est impossible!
- …
Exactement comme si je venais de me réveiller, six ans plus tard…. Le monde a changé et je ne m’en suis pas aperçu. Le regard des ados qui croise notre route glisse sur moi sans s’arrêter. Rien à voir avec l’hystérie que provoquait ma présence à mon arrivée, alors que j’étais la première étrangère à vivre dans le coin.
Une fois devant les grandes portes de l’école, le gardien refuse de me laisser passer. Il disparaît un instant puis revient avec deux feuilles remplie de photos. Que des têtes d’Occidentaux. Je comprends qu’il cherche à m’identifier, mais ne me reconnaît sur aucun des clichés qu’il a en mains. Après quelques minutes de négociation par signes, il me laisse pénétrer dans l’école. «Mon» école.
Dans le couloir qui mène à mon ancien local, loin de l’agitation, je sens ma gorge se nouer à nouveau. Ces portes de bois. Ces lavabos. Ces pupitres. Ce silence. Mes pas me guident alors que ma tête s’obstine à rester là, immobile, coincée dans une époque qui n’existe plus…
***
Le bureau d’Angela, ma boss et co-teacher, a été complètement réaménagé. Je la cherche du regard. Porte-t-elle toujours ses cheveux à la Betty Boop? Les a-t-elle laissé allonger? A-t-elle pris du poids? Une jeune prof taïwanaise me tire de ma rêverie.
- May I help you?
Je lui explique que j’ai enseigné ici en 2001-2002 et que j’aimerais voir Angela. Elle me dit que son bureau est maintenant dans l’autre bâtiment. L’appelle. Elle a déjà quitté.
- What do you whant me to tell her?
- Just say hi.
J’ai tourné les talons alors que ma voix se brisait. Impossible de retenir quoi que ce soit. J’étais là, mais je ne réalisais toujours pas ce qui s’était passé entre ce jour d’avril 2002 où j’ai fait mes adieux à mes étudiants et aujourd’hui. J’étais là, avec cette étrange impression de m’être trompée de film. J’avais bien joué dedans, mais on en était déjà au troisième, quatrième remake…
En descendant, je suis passée prés de la petite chapelle de l’école. Combien de fois suis-je passée par là, après de longues heures à m’évader à Taipei quelques heures, seule. Bien. Torturée, parfois. Combien de fois suis-je passée par là, la tête pleine de questions, à chercher un sens à ce que je vivais… Combien de fois à ne pas comprendre. À chérir ma solitude puis à la maudire l’instant d’après.
En retournant sur mes pas, j’ai trouvé Chéri et Bébé en compagnie d’une professeur de l’école primaire. Paula était la co-teacher d’Eoin.
- I remember you! You came during the Summer. You were living there, dit-elle en pointant le petit appartement adjaçant à l’école qu’on m’avait attribué avant que la construction du dortoir de profs soit terminée.
Elle me raconte que les choses ont bien changé depuis. Plus d’une vingtaine de professeurs étrangers enseignent maintenant à l’école. Son manque d’enthousiasme m’en dit long.
- Do you think I can go up there? demandai-je en montrant la direction dudit dortoir.
- I think it’s better not to go. It has changed a lot. It’s so messy!
- But I would really, really like to go…
Elle a finalement cédé. J’avais besoin de sa carte pour pouvoir prendre l’ascenseur, alors elle m’a accompagnée.
***
Weird. Tellement weird! Devant le dortoir, des fauteuils. Puis, la vue. Quelle vue! Moi qui avait tant scruté cet horizon, j’avais oublié à quel point c’était beau. Les montagnes. La verdure. Les bâtiments.
La porte était ouverte. N’importe qui aurait pu entrer. Ce n’importe qui fut moi. Encore une fois les yeux brouillés de larmes…
Ma chambre était à gauche, près de la porte. Les meubles du salon avaient été déplacés. Un répondeur téléphonique affichait des messages en attente sur une petite table, dans le couloir qui mène à la salle de bain. Sur les portes des douches, le nom des profs étaient inscrits.
Je n’ai croisé personne.
J’ai voulu filmer pour Éloïse et Amélie (mes colocs québécoises à l’époque). Évidemment, c’est à ce moment que ma batterie a lâchée. J’ai donc pris quelques photos, et capté la courte vidéo qui suit (avant que a batterie s’éteigne).
Quelques photos. Quelques flahsbacks. C’était ma vie. Mais elle ne m’appartient plus.
Après en avoir parlé ici, il m’était impossible d’aller à Taïwan sans me rendre dans cet établissement intriguant pour certains, repoussant pour d’autres. Les restaurants thématiques semblent avoir la cote à l’Ilha Formosa. L’idée de déguster des plats (asiatiques ou occidentaux) assis sur des cuvettes semble avoir séduit nombre de consommateurs puisque la chaîne compte maintenant 12 succursales à Taïwan, à Hong Kong et au Japon. Nous nous sommes rendus dans celle du quartier Hsimenting, où de jeunes adultes, des ados et quelques familles s’amusaient à se prendre en photos avec leurs plats servis dans des récipients en forme d’urinoirs ou de toilettes.
Maintenant, la question qui tue: alors Marie-Ju, ça goûte la m**** ou pas? Honnêtement, les mets que nous avons commandés n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. Surtout que nous avons dû patienter pendant 45 minutes avant d’avoir une table… Chéri a opté pour un poulet au curry et Bébé et moi nous sommes contentées de frites et d’oignons français (une erreur de la part du serveur, j’avais plutôt demandé des calmars frits) puisque nous venions de manger des dumpings en nous baladant dans le quartier. Présentée dans un urinoir rempli de glace concassée et décorée de bonbons et de biscuits, notre crème glacée était beaucoup plus agréable à regarder qu’à manger (en fait, elle goûtait l’eau plus que la crème).
Bref, un concept qui surprend, mais je ne crois pas que la clientèle soit très fidèle compte tenu de la piètre qualité de la bouffe. Il y a tant de bons restaurants à Taïwan…
Une petite vidéo maison tournée avec mon n95 pour vous donner une idée de l’atmosphère (je me promets de faire un petit montage dès que mon logiciel cessera sa «grève» puisque j’ai filmé pas mal de trucs).
C’est le quartier où je suis probablement allée me promener le plus souvent. J’adore y voir évoluer la faune composée d’ados, de jeunes avant-gardistes et d’artistes. Son côté «mini-Tokyo» me plaît beaucoup. On y trouve de nombreux cinémas et cafés, dont certains situés au 2e ou 3e étages, ce qui permet de reluquer la foule d’en haut.
Plan séquence tourné «à la bonne franquette» un dimanche soir de juin 2008.
Simulation: vous êtes un jeune prof d’anglais ou un étudiant fraîchement débarqué à Taïwan. Vous n’en revenez toujours pas de pouvoir boire de l’alcool dans la rue (sans sac de papier brun!) en toute légalité. Comme des dizaines d’autres étrangers, vous débutez votre vendredi soir au 7 Eleven qui se trouve au coin de ChinShan S. Road, à proximité des bars les plus courus du quartier.
Elle était blonde. Pas une vraie blonde, puisque je pouvais voir la repousse de ses cheveux. Menue, un jean trop grand et un pull kangourou. Elle attendait devant moi dans la file du Watson (pharmacie), pas très loin du train station. Je me suis soudainement revue, sept ans plus tôt, à peine débarquée à l’île de Formose.
Enseignait-elle l’anglais elle aussi? En bavait-elle avec les codes culturels? Sortait-elle au Roxy 99? Avait-elle craqué pour un Taïwanais après avoir juré ne jamais sortir avec un Asiatique?
Pour Chéri, ce fut dans notre bar favori de l’époque que le flashback s’est produit. Dans un coin, un grand Noir entouré de trois filles. Un mec s’approche de son ami Anthony et lui demande d’où il vient. «Vancouver? Really? Me too!» Anthony vit ici depuis plus de sept ans… Yellow de Coldplay, se fait entendre. Impression de déjà vu. Déjà entendu. Déjà vécu…
Je n’ai pas pu aller faire un saut dans ce petit bar jadis enfumé (maintenant, la cigarette est interdite) où j’ai échangé tant de banalités (Where are you from? What do you do? How do you like Taiwan?…) avec des gens des quatre coins de la planète. L’endroit a été complètement rénové. Rien à voir avec «notre temps», paraît-il.
Pourtant, même si le décor a changé, c’est toujours la même histoire. La même pièce se joue soir après soir. Il n’y a que les acteurs qui changent. Et pourtant. Pourtant…
Cette jeune femme blonde sait-elle que sa vie ne sera plus jamais la même?
Plusieurs choses m’ont frappée lors de mon séjour taïwanais. D’abord, les leçons de civisme, un peu partout, comme en témoigne cette photo. Je n’ai vu personne se foutre le doigt dans le nez non plus (simple coup de chance?), scène courante quand je vivais là-bas il y a six ans.
Autre chose marquante: la prolifération des arcades pour enfants. Je ne parle pas ici d’ados, mais bien de bambins de 5,6, 7 ans, assis derrière des écrans vidéos conçus sur mesure pour eux, comme on peut le voir dans la vidéo qui suit.
C’est moi ou ils sont un peu jeunes pour ce genre de truc?
Je ne comprends toujours pas trop comment ça marche, mais il paraît que c’est efficace et que ça laisse la peau très douce (non, je n’ai pas essayé et oui, je le regrette un peu)!