Se relire

Tous les auteurs vous le diront: quand un livre est (enfin) envoyé à l’impression, la dernière chose que l’on souhaite, c’est le relire une énième fois. Mais replonger dans ses écrits plusieurs mois – ou mieux, années – plus tard permet de jauger l’objet sous un nouvel éclairage. De constater des évidences qui nous ont échappées quand on avait le nez trop collé sur le manuscrit. D’apprécier sincèrement certains passages oubliés et d’avoir envie de hurler en en redécouvrant d’autres. Ça fait partie du jeu.

Après avoir refermé Je vous écris de mon camion, j’ai eu envie de parcourir Cartes postales d’Asie, mon livre le plus intime et, par conséquent, le plus précieux à mes yeux. J’ai tenté de l’aborder comme on apprivoise le récit de quelqu’un d’autre.

Premier constat: la mise en page me dérange autant qu’au moment de sa sortie. Moi qui la souhaitais aérée, j’ai vu le nombre de pages se réduire considérablement dans la version finale. L’expérience de lecture en est beaucoup affectée, à mon avis. Trop dense. Trop intense. Pas le temps de reprendre son souffle entre le «coq» et «l’âne» (le livre repose sur des anecdotes et des «tranches de vie», de là son titre). De savourer le silence entre deux chapitres. De comprendre là où le temps s’arrête ou s’accélère. Ça m’attriste encore.

Cela dit, même si je me battrais sans doute pour laisser les mots respirer davantage et que je reformulerais certains passages, j’en reste encore très fière. Bien sûr, une certaine naïveté émerge au fil des 166 pages. Cartes postales d’Asie est né des courriels que je faisais parvenir à mes proches à l’âge de 26-27 ans. Il témoigne d’une époque charnière de ma vie. Mon bonheur d’être sur la route transparaît du début à la fin malgré les angoisses, les remises en question, les problèmes de santé et les déceptions. Cette blonde un peu perdue, c’est encore moi dix ans, un mari, un enfant et plusieurs colorations plus tard (l’essentiel du livre a été écrit en 2001-2002, puis retravaillé en 2006 pour publication l’année suivante).

Tous ces gens rencontrés quelques heures plus tôt font partie d’un univers qui n’a rien à voir avec la vraie vie et qui est pourtant son essence même. À travers les anecdotes glanées au fil de leurs récits, je vois la photo du moment présent, avec, dans un coin, mon visage sans maquillage et mes cheveux trempés. Avec eux, je me sens chez moi. Home, sweet home… Je ne le savais pas encore, mais c’est exactement ce que je cherchais et que je chercherai lors de mes prochains voyages.

Oui, c’est encore sur la route en compagnie de voyageurs des quatre coins de la planète qui se shootent eux aussi au choc culturel que j’ai le plus l’impression d’être à la maison. Et qu’il m’est le plus facile de prendre la plume.

Pour redécouvrir mes billets, vidéos, photos, articles et anecdotes publiés suite et pendant notre voyage en famille à Taïwan en 2008, soit six ans après que Jo et moi l’eussions quittée, cliquez ici.

Au Japon… en kayak

1. Allez sur Google Maps et cliquez sur «ITINÉRAIRE»

2. Écrivez «USA» comme origine

3. Écrivez «Japon» comme destination

4. Lisez le point 46… et take a kayak!

J’ai refait l’exercice ce matin et je vous jure que c’est réellement le résultat qu’on nous donne toujours en 2011. Surprenant considérant que même en 2008, des sites et blogueurs avaient relevé ce genre de bizzareries…

Vous souvenez-vous de ce trajet qui suggérait la nage? J’ai vérifié ce matin et on indique maintenant «Impossible de calculer l’itinéraire».

(Vu sur les pages Facebook d’Ingrid Remazeilles et Sandra Doyon ce matin…)

Ko Phi Phi en vidéo

En rédigeant un billet sur Ko Phi Phi pour EnTransit.ca, je suis tombée sur Phi-Phi.tv, magnifique site qui recèle de vidéos toutes plus inspirantes les une que les autres. De sympathiques cartes postales animées qui donnent envie de sauter dans un avion illico presto…

Bonjour la nostalgie!

Souvenir de Taïwan

Je viens de tomber sur ce dessin réalisé par ma jeune coloc de chambre du Chang Gung Memorial Hospital de Keelung, où j’ai passé une semaine il y a huit ans à cause d’un ulcère de la cornée qui a failli me coûter un oeil (il m’aura finalement coûté seulement la peau des fesses, mais c’est une autre histoire). C’est moi, ce personnage aux yeux immenses. Ne trouvez-vous pas que j’ai l’air tout droit sortie d’un manga?

32 «tweets» humanitaires

Il existe des tas de projets destinés à améliorer le sort de la planète et de ses habitants (ce sont surtout ces derniers qui me préoccupent, même si les deux sont étroitement liés). Pour contrebalancer un peu l’égocentrisme de ma «campagne électorale» des dernières semaines, j’ai rempli ma promesse de publier au moins trois «tweets» humanitaires par jour du 22 au 25 décembre (en réalité jusqu’à aujourd’hui, puisqu’hier je suis restée plutôt loin de mon ordinateur).

Parce que je suis persuadée que plusieurs initiatives méritent d’être soulignées (et pas forcément celles dont les médias parlent constamment… ou qui bénéficient des plus gros budgets de relations publiques), j’ai tenté de choisir des projets qui sortent un peu des classiques de la coopération internationale. Lire la suite

Dans l’oeil du cyclone

Vus d’ici, les typhons font très peur. On s’imagine que les images diffusées en boucle dans les journaux télévisés représentent le lot de tous les habitants des zones touchées. Comme  pour n’importe quelle nouvelle, on sélectionne bien sûr les séquences les plus saisissantes. Pas la banalité de la plupart des cyclones.

Je suis débarquée à Taïwan en juillet 2001 après le passage «d’un des typhons les plus dévastateurs de l’histoire» (j’ai compris par la suite que presque chaque nouveau typhon était affublé de ce titre!). Dans les rues de Taichung, des arbres jonchaient le sol. La ville portait les cicatrices de sa visite. Plutôt impressionnant pour quelqu’un qui s’apprêtait à passer une année sur place…

Au cours des semaines qui ont suivi, j’ai vécu quelques autres épisodes «typhons». J’avais, entre temps, transporté mes pénates à Keelung, au nord de l’île, à une trentaine de minutes de Taipei. Rapidement, je me suis mise à comparer les typhons à nos tempêtes de neige: on fermait les écoles à l’annonce d’une tempête plus intense, on recommandait aux gens de ne pas sortir de chez eux et de faire des provisions… et on attendait que ça passe. L’une de mes ex-colocataires m’a même rappelé récemment qu’une des premières choses que je lui avais mentionnée à son arrivée était les ventes «post-typhons»! Si certains marchands touchés par les tempêtes tropicales souhaitaient écouler leur marchandise, d’autres s’en servaient clairement comme argument marketing…

Les surfers, eux, trépignaient d’impatience à l’annonce d’un typhon. «C’est le meilleur moment pour affronter les vagues!» m’a déjà confié l’un d’eux. À chacun sa manière de voir les choses!

Cela dit, loin de moi l’idée de banaliser la chose. Il m’est arrivé de ressentir l’intensité des éléments en furie alors que je me trouvais dans les airs, quelque part entre Hong Kong et Taipei (j’avais l’impression d’être dans une montagne russe!). Une fois arrivée à l’aéroport, impossible d’aller nulle part à cause des dégâts. Les rues étaient innondées. Les hôtels à proximité de l’aéroport, complets. Comme je le raconte dans Cartes postales d’Asie, j’ai célébré mon 27e anniversaire le ventre vide, couchée sur une chaise à massage qui me demandait constamment d’insérer des pièces, en attendant de pouvoir quitter les lieux…

Morakot n’a rien à voir avec les typhons qui m’ont fait rater quelques jours de classe à l’époque. Ma copine Violette, qui vit entre Vienne et Taipei et qui en a vu d’autres, a d’ailleurs fait parvenir le courriel suivant à tous ses amis:

dear friends/colleagues,

please help as you can — contact your local charity organisations for
donation or simply express your support through internet, we needs your
help!

or send your love to the people who suffer from losing their home/entire
village/dear family members/friends

thank you!

violette

Pour qu’on continue d’en parler dans nos quotidiens, c’est que la situation est particulièrement critique. On a tous vu les images de cet hôtel qui s’effondrait comme un château de cartes. Bien que je ne cautionne pas ce genre d’activité, les images du «chasseur de tornades extrêmes» James Reynolds représentent bien ce qu’on peut voir «quand on est dedans»:

Le bilan de Marakot a atteint 121 morts mais pourrait en réalité dépasser 500. Boston.com publie des photos qui en disent long. Des groupes Facebook ont aussi été créé afin d’apporter du soutien aux Taïwanais touchés par le typhon.

Malgré tout, je retournerais vivre à Taïwan sans trop d’hésitations…

Chungking nostalgie

chungking

Faye Wong dans Chungking Express

C’est la faute à Maxime Johnson. Le suivre dans ses péripéties asiatiques sur Facebook a ravivé des tas de souvenirs en moi. Comme la fois où je me suis tapée le trajet pour aller voir le California, bar du quartier branché Lan Kwai Fong que l’on peut apercevoir dans le film hongkongais Chungking Express (Wong Kar-Wai), pour me rendre compte que j’y étais allée deux jours plus tôt avec un groupe de collègues sans avoir reconnu les lieux.

Et là, d’autres souvenirs ont déboulé… Trois ans avant cet épisode, la découverte de la ville avec Faye Wong dans les oreilles (c’est aussi une chanteuse – de la grosse cantopop plutôt sirupeuse, je la préfère nettement comme actrice) en cherchant le Hong Kong des films qui m’avaient tant fascinée. Il faisait gris, j’étais seule, d’humeur maussade et fauchée. Je rêvais de voir un film made in Hong Kong à Hong Kong, mais tous les cinémas présentaient les gros canons américains. «Le cinéma hongkongais n’est plus ce qu’il était, m’avait dit un commerçant à qui j’avais demandé pourquoi il était si difficile de trouver des productions locales. Les gens veulent voir des films des États-Unis…» Un week-end gris, disais-je. Rien à voir avec mon second voyage dans la ouate.

Ne me souvenant plus du nom du bar de Chungking Express, je suis allée faire quelques recherches sur le Web tout à l’heure. C’est ainsi que j’ai appris que le California a été complètement rénové et que le casse-croûte que l’on peut voir dans le film (le Midnight Express), est aujourd’hui… un 7/Eleven.

On arrête pas le progrès. La nostalgie non plus…

Faut que je revoie ce film.