Taxi-brousse

Pérégrinations immobiles

Flashback 7, juin, 2008

Classé dans : Asie, Fragments, Réflexions, Sur la route, Taïwan 2008 — Marie-Julie Gagnon @ 6:58

Elle était blonde. Pas une vraie blonde, puisque je pouvais voir la repousse de ses cheveux. Menue, un jean trop grand et un pull kangourou. Elle attendait devant moi dans la file du Watson (pharmacie), pas très loin du train station. Je me suis soudainement revue, sept ans plus tôt, à peine débarquée à l’île de Formose.

 

Enseignait-elle l’anglais elle aussi? En bavait-elle avec les codes culturels? Sortait-elle au Roxy 99? Avait-elle craqué pour un Taïwanais après avoir juré ne jamais sortir avec un Asiatique? 

 

Pour Chéri, ce fut dans notre bar favori de l’époque que le flashback s’est produit. Dans un coin, un grand Noir entouré de trois filles. Un mec s’approche de son ami Anthony et lui demande d’où il vient. «Vancouver? Really? Me too!» Anthony vit ici depuis plus de sept ans… Yellow de Coldplay, se fait entendre. Impression de déjà vu. Déjà entendu. Déjà vécu…

 

 

Je n’ai pas pu aller faire un saut dans ce petit bar jadis enfumé (maintenant, la cigarette est interdite) où j’ai échangé tant de banalités (Where are you from? What do you do? How do you like Taiwan?…) avec des gens des quatre coins de la planète. L’endroit a été complètement rénové. Rien à voir avec «notre temps», paraît-il.

 

Pourtant, même si le décor a changé, c’est toujours la même histoire. La même pièce se joue soir après soir. Il n’y a que les acteurs qui changent. Et pourtant. Pourtant…

 

Cette jeune femme blonde sait-elle que sa vie ne sera plus jamais la même? 

 

Arcades pour enfants 6, juin, 2008

Classé dans : Asie, Insolite, Réflexions, Sur la route, Taïwan 2008, Vidéo — Marie-Julie Gagnon @ 8:49

Plusieurs choses m’ont frappée lors de mon séjour taïwanais. D’abord, les leçons de civisme, un peu partout, comme en témoigne cette photo. Je n’ai vu personne se foutre le doigt dans le nez non plus (simple coup de chance?), scène courante quand je vivais là-bas il y a six ans.

 

 

 

Autre chose marquante: la prolifération des arcades pour enfants. Je ne parle pas ici d’ados, mais bien de bambins de 5,6, 7 ans, assis derrière des écrans vidéos conçus sur mesure pour eux, comme on peut le voir dans la vidéo qui suit.

 

C’est moi ou ils sont un peu jeunes pour ce genre de truc?

 

Longueuil calling 4, juin, 2008

Classé dans : Asie, Montréal, Réflexions, Taïwan 2008 — Marie-Julie Gagnon @ 11:23

En quittant Taipei, ce matin

 

De retour «à la maison» (mais est-ce bien ici «chez moi»? Éternelle question…), la tête pleine d’images, d’odeurs et de scènes de la vie quotidienne taïwanaise que je me repasserai en boucle pendant encore quelques jours. J’ai tant de photos, de vidéos et d’impressions que j’aimerais partager ici, mais si peu de temps pour tout faire! Car évidemment, qui dit retour, dit rush de boulot… et de lessive!

 

Je me promets cependant de petites parenthèses pour vous parler des restaurants thématiques, de mon quartier favori, à Taipei, de ma visite à l’école où j’ai enseigné pendant une dizaine de mois et de toutes ces petites choses qui font de Taïwan… Taïwan.

 

Par contre, pas de montages vidéo pour l’instant puisque iMovie plante sans arrêt, m’empêchant de terminer le petit topo réalisé à Kenting sur lequel je planche depuis quelques jours (je ne suis toujours pas parvenue à trouver comment couper mes séquences, mais j’allais réussir à mettre de la musique au moment où mon logiciel a cessé de coopérer. Argh!).

 

Disons en quelques mots que ce voyage m’a fait un bien immense. D’abord, pour son côté «pèlerinage dans une ancienne vie», mais aussi pour ce sentiment de liberté absolu que je ne ressens que sur la route. Bourlinguer en famille demande une plus grande logistique, certes, mais quel bonheur de voir ma fille s’extasier devant la mer, savourer des dumplings en disants «hum!» à chaque bouchée et s’amuser avec des enfants taïwanais, même s’ils ne parlaient pas la même langue! Et ne serait-ce que pour voir Chéri s’emballer devant les étals de fruits de mer au marché de nuit de Keelung, lui qui est de nature si réservée (même quand je reste bien tranquille, j’ai l’air d’une hystérique finie à côté de lui, alors c’est vous dire… À moins que ce ne soit plutôt parce que je suis hystérique, point? Hum. Matière à réflexion.), les 18 heures de vols (je ne compte pas les escales) auront valu le coup.

 

Bref, on s’est tricotés de bien beaux souvenirs pour nous garder au chaud lors des moments plus tough

 

En arrivant à Montréal…

 

De ma fenêtre 28, mai, 2008

Classé dans : Asie, Réflexions, Sur la route, Taïwan 2008, Vidéo — Marie-Julie Gagnon @ 11:49

Je l’ai souvent dit: c’est dans le mouvement que j’arrive à m’arrêter vraiment. Rien de tel qu’un voyage en bus, en bateau ou en train pour me «poser». Regarder la vie qui défile par la fenêtre alors que la mienne est entre parenthèses m’apporte un immense sentiment de paix. Moi qui bouge sans arrêt, je me laisse porter, enfin. Je cesse de lutter. Je déclare forfait contre le temps qui file. Alors que pour d’autres, il s’étire interminablement, pour moi, il se dissout dans le moment présent. Ces heures passés dans les transports passent à la vitesse de l’éclair, que le trajet dure 30 minutes ou 100 ans. Je passe de fast forward à play et laisse jouer la musique.

 

J’aime voir monter les gens à bord. Découvrir ces inconnus avec qui je partagerai quelques heures, probablement la seule chose que nous aurons en commun. Puis, à travers l’océan de visages, en reconnaître un. Un jour. Comme ça. Pour rien. Parce qu’il le fallait. 

 

J’aime être vraiment nulle part. Dans le twilight zone des points A et B. Fixer l’horizon. Avaler le paysage. Le déformer dans ma tête, par la suite, quand le contour des immeubles sera devenu flou, que le vert des rizières s’atténuera dans le brouillard des souvenirs, que mes lunettes roses auront falsifié quelques détails, quelques lieux, quelques émotions.

 

Voyager, c’est écrire avec des mots qu’on ne connaît pas. Inventer son propre langage. Accepter qu’on sera peut-être le seul à le parler, mais tout faire pour pouvoir le partager.

 

J’aime être là, c’est tout. Ouvrir grand les yeux et en prendre plein la gueule. 

 

 

 

Retour aux sources 22, mai, 2008

Classé dans : Asie, Fragments, Prendre le large, Réflexions, Taïwan 2008 — Marie-Julie Gagnon @ 6:48

J’ai trois ans. Peut-être quatre. Je cours à travers les broussailles pour aller retrouver mon amie, qui habite de l’autre côté du terrain vague. Je suis un petit sentier tapé par nos allers-retours quotidiens. Le crac-crac de mes petits pas. Le soleil du matin. Les branches qui me fouettent de temps en temps pour me rappeler de regarder où je vais. L’impression d’être si grande, moi qui peut me rendre seule chez la voisine. Ce chemin, les adultes ne l’empruntent jamais. Il nous appartient. Il m’appartient. 

 

Depuis, trois maisons ont été construites entre celle de mes parents et celle de la mère de mon amie. Pourtant, dans ma tête, le petit sentier est toujours intact. Je l’emprunte souvent pour remonter le cours de mes souvenirs d’enfance. Un long fleuve tranquille bordé par des broussailles qui me fouettent parfois pour me ramener à la réalité.

 

Je n’ai pas changé. J’aime toujours sentir le soleil du matin sur ma peau et bomber le torse en me prenant pour une grande exploratrice. 

 

À quelques heures de mon départ pour Taïwan, où j’ai vécu pendant un an et demi, je me demande si les images que j’ai conservées correspondront à la réalité d’aujourd’hui. 

 

Mon petit sentier existe-t-il toujours ?

 

 

Par la fenêtre 21, mai, 2008

Classé dans : Réflexions, Technomade — Marie-Julie Gagnon @ 1:53
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J’aurais pu écrire presque la même chose (en français, évidemment…) :

 

One of the reasons I took this job is that I love that time looking out the window waiting to arrive somewhere. It’s that rare in between time time reserved for anticipation and reflection. It’s liberating because there is nothing you can do but let go, go with the motion and watch time and places pass you by. You’re moving forward, somehow managed to get out of the monotony of where you were to go do something different… Often, for me at least, a big trip comes pretty soon after burn out, so there is usually a lesson that you are about to learn once you get a little bit of distance. There’s something reassuring about passing so many cities, houses and people. Makes you realise how small you and your problems really are. And that at the end of the day, none of it really matters.

 

(Rebecca, Skype Nomad)

 

 

 

Les blogues, la publicité et les voyages offerts aux journalistes 24, avril, 2008

Classé dans : Réflexions — Marie-Julie Gagnon @ 9:53

Débat très intéressant sur l’éthique journalistique, la pub et les blogues sur Un monde ailleurs. On y parle entre autres des coulisses de la presse touristique en France et au Québec.

 

Vous, vous en pensez quoi ?

 

Nostalgie montréalaise 5, avril, 2008

Classé dans : Montréal, Nomade sédentaire, Réflexions — Marie-Julie Gagnon @ 9:15

J’ai soudain eu envie de relire La ferme des animaux. Je suis donc allée bouquiner dans mon ancien quartier.

 

Dix ans. Dix années passées dans ce 3e étage coin Berri et Mont-Royal (que j’ai sous-loué pendant ma parenthèse asiatique). Presque toute ma vingtaine, et le début de ma trentaine. Des tas d’histoires, d’éclats de rire, de larmes aussi… Dix ans d’intensité.

 

J’ai beau me plaire dans mon nouveau «chez nous» de banlieue, jamais je ne me sentirai aussi bien que dans ce quartier surévalué, surcritiqué, «surtoutte» par tout le monde, surtout par ceux qui n’y ont jamais vécu. J’en ai eu marre par moments, moi aussi. Mais jamais assez pour ne plus l’aimer. Le quitter, oui. Mais le quitter comme on choisit de mettre fin à une histoire d’amour qui a fait son temps, pas parce qu’on aime plus… On a simplement pris des chemins différents. 

 

Je me dirige chez Champigny (je fais officiellement partie du clan des «vieux», j’appelle toujours la succursale de Renaud-Bray qui se trouve au coin de Marie-Anne «Champigny», Custco, «Club Price» et Couche-Tard, «Provisoir»…). Sur Saint-Denis, un nouveau resto. Tiens, Urban Outfitters (il n’aurait pas ouvrir quelques années plus tôt celui-là?)… Même mon vieux St-Hubert est rendu class

 

Ma librairie préférée. Petit Trésor hurle comme une damnée (quand on habitait toujours le quartier, je pouvais bouquiner pendant des heures avec bébé qui ronronnait dans le Baby Björn), je ne m’y retrouve plus dans les réaménagements, je cherche comment descendre du 2e avec la poussette…

 

Le temps passe.

 

M’en vais relire un de mes livres préférés du cégep (et c’est samedi soir!).

 

Écrire… 28, mars, 2008

Classé dans : Réflexions — Marie-Julie Gagnon @ 11:42

Écrire, c’est fuguer. C’est m’évader là où je veux, sans contrainte budgétaire ou logistique. Écrire. Repartir…

 

Encore.

 

Superstitions à la carte 28, mars, 2008

Classé dans : Boulot, Nomade sédentaire, Réflexions — Marie-Julie Gagnon @ 3:46
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Taipei 101
 Taipei 101
 

Je chronique sur les superstitions dimanche matin à Pseudo-Radio et ça m’a amenée à réfléchir sur le sujet. Que font par exemple les Chinois quand ils se retrouvent au 4e étage d’un hôpital  occidental alors que ce chiffre est associé à la mort (sa sonorité en chinois est la même que le mot « mort ») ? À Taïwan, je me souviens qu’on bannissait les 4e étages, un peu comme les 13e en Amérique du nord (d’ailleurs, quelqu’un peut me dire où l’on trouve de ces fameux buildings sans 13e ?).

 

On connaît l’obsession des Chinois pour les chiffres. Alors que pour nous, le chiffre 7 est chanceux, au pays de Mao, il est lui aussi associé à la mort. Le chiffre 9 serait positif parce qu’en cantonnais, il se prononce comme « suffisant ». Le 8 étant associé à la prospérité, pas étonnant que la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Beijing ait lieu le 08/08/08…

 

Pour les gens qui souffrent de « supertitionnite » aiguë comme moi, on peut facilement se taper de bonnes petites crises d’angoisse si l’on ajoute les croyances d’ailleurs à celles d’ici. Perso, j’opte pour la formule « à la carte ». Comme pour les religions, je prends ce qui m’interpellent le plus. Le feng shui par exemple. Simple ensemble de superstitions pour la plupart des Occidentaux, cet « art chinois millénaire » est un véritable mode de vie en Asie. Taipei 101 a été conçu en respectant ses règles, tout comme les plus importants bureaux de Chine ou de Hong Kong.

 

Selon Van Minh, « le feng shui est aux bâtiments ce que l’acupuncture est au corps ». Pourtant, l’acupuncture a la cote en Occident depuis quelques années ! Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il y a une certaine logique dans les principes du feng shui. Ne faisons-nous pas partie d’un tout malgré les apparences ?  Si nos gestes de consommation ont un impact à l’autre bout du monde, qu’un battement d’ailes de papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas (ou l’empêcher, comme l’a précisé le météorologue Edward Lorenz après avoir vu sa question interprétée de 1001 manières), pourquoi la façon dont nous positionnons nos meubles n’aurait-elle pas d’impact sur notre bien-être ? Je suis peut-être la seule de ma gang, mais j’y crois pareil (remarquez, ça ne m’empêche pas d’être hyper-bordélique alors que ça va complètement à l’encontre des fondements du feng shui ! Comme je le disais, on prend ce qu’on veut… ;-) ! J’aime l’idée que l’énergie peut être « harmonisée ». Que tout est lié, que ce soit concret ou pas.  Que boire ma tasse de café équitable permettra à un paysan d’envoyer son enfant à l’école. Que sourire à un inconnu apportera un peu de soleil dans sa journée, puis dans celle d’une autre personne, à qui il aura souri à son tour…

 

Je ne crois pas que briser un miroir m’apportera sept ans de malheur ou que passer sous une échelle changera le cours de ma vie. Par contre, si placer la tête de mon lit dans la « bonne » direction peut m’aider à bien dormir, je veux bien mettre toutes les chances de mon côté !