Get a life… or a sofa

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La phrase a surgi spontanément au cours d’une discussion avec des copains d’un peu partout dans le monde à propos des priorités. «Get a life… or a sofa».

Certains ont besoin de signes tangibles de leur réussite. De gadgets dernier cri, de meubles designs et d’écrans géants. De s’entourer de beau pour se sentir bien.

Pour moi, le choix est clair. Je me fous éperdument des couleurs tendances de salles de bain. Des meubles qu’on ose à peine toucher parce qu’ils semblent tout droit sortis d’un musée. Des électroménagers avec lesquels on peut échanger des courriels.

Les bagnoles de luxe me font autant d’effet que Ryan Gosling: indifférence totale (mais qu’est-ce que vous lui trouvez à ce ce blondinet insipide?). Les bijoux? Si on m’offre un jour des diamants, je les vendrai pour payer quelques tournées à mes vrais «best friends».

 Je vis dans un modeste condo. Quelques  photos et souvenirs de voyages décorent certains murs. Si je devenais riche, j’achèterais des toiles d’artistes de la relève bien avant de me faire creuser une piscine. Et je ne vois pas pourquoi je me procurerais une voiture, même si je faisais dix fois mon salaire actuel.

Le monde, je veux le voir en vrai, pas seulement à travers le petit – du moins, le mien l’est! – écran. Je veux explorer, jouer, apprendre, goûter, toucher, humer… vivre, putain!

La liberté a un prix, dit-on. Je suis prête à sacrifier quelques paires de chaussures pour la cause. Un sofa hors de prix? Mais pourquoi faire, à part pour accueillir des amis de passage de temps en temps?

Je choisirai toujours de voyager, de bien manger et de bien boire plutôt que de m’asseoir sur l’équivalent d’un billet d’avion tour du monde.

Le beau, je préfère encore l’avoir dans la tête.

Thématiques similaires: La bêteMais jusqu’où? et L’exil chez soi.

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La bête

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Elle vit là, dans le creux du ventre, et donne le vertige. Comme quand on tombe amoureux. Qu’on ressent l’excitation. Puis l’absence.

Si je faisais dans la psycho-pop, je dirais que c’est la partie de moi manquante. Moi en voyage. Il n’y a que sur la route, suspendue entre rêve et réalité, que j’ai l’impression d’être entière. Complètement moi, avec tous mes morceaux. En état total d’abandon à celle que je suis tout au fond. Sans les artifices sociaux.

Certains ont besoin d’une maison, d’une voiture et d’un chien pour se sentir bien. Moi, j’ai besoin du mouvement. C’est un pied dans le vide que j’ai l’âme en paix. Quand je m’élance vers l’inconnu. Que je m’apprête à découvrir, à embrasser, à apprivoiser l’ailleurs. Je me place dans un état d’émerveillement. Tant pis si je suis déçue puisque j’explore! Que j’avance…

Je pars comme d’autres vont rejoindre un amant. Pour cette euphorie qui fait tourner la tête. Ce rush d’adrénaline qui aide à aller au-delà des complexités administratives, des retards d’avion ou du décalage horaire.

Je pars parce que la vie goûte si bon assaisonnée d’épices exotiques.

La peur? Aussi. Mais pas celle qui paralyse. Celle qui donne envie de voir ce qu’il y a au-delà. De sauter dans le vide parce qu’on sait que des ailes nous pousseront dans le dos au bon moment. Je pars aussi parce que j’ai la foi.

Je l’ai souvent écrit: pour moi, voyager est une pulsion. L’une des rares choses qui va de soi.

L’instant n’est jamais aussi présent que dans cet élan du voyage. Je regarde droit devant, la tête haute, les yeux grand ouverts, le coeur prêt à bondir. Je respire à pleins poumons.

J’hyper-vis.

Au retour, je tente de prolonger cet état d’émerveillement le plus longtemps possible. Mais c’est plus fort que moi: j’ai besoin de nourrir la bête régulièrement. De quitter le cadre de temps en temps pour me remettre en place sur la photo du présent. Pour aimer plus et, surtout, aimer mieux.

«Je reviens autant que je pars» a déjà dit Fred Pellerin à L’Invité TV5 monde. Pour une (rare) fois, je me reconnais dans ce qu’il raconte.

Sur des thèmes similaires: Mais jusqu’où?L’exil chez soiKhao San Road, 10 ans plus tard.

Désintox numérique ou encore plus de techno?

Mon «bureau», la semaine dernière, au Hyatt Clearwater beach, où WiFi fonctionnait à merveille!

Mon «bureau» la semaine dernière, au Hyatt Clearwater beach, où WiFi fonctionnait à merveille!

Le sujet me passionne depuis des mois (j’en avais d’ailleurs fait mention dans ce reportage et il a été l’objet de ma dernière chronique à Libre-Service, à MAtv, le printemps dernier).  Alors que de plus en plus de voyageurs cherchent à être connectés en tout temps, même en vacances, une autre grande tendance se dessine: celle de se débrancher complètement. Il ne suffit plus de se rendre dans des hôtels sans WiFi. Les forfaits de désintox numériques se multiplient afin «d’obliger» les accros de la techno à se délester de leurs gadgets.  Je profite de la lecture d’un énième reportage sur le sujet (dans Le Monde ce matin) pour partager les notes et observations accumulées au cours des derniers mois.

Vous avez peut-être vu passer la nouvelle vous aussi: à Majorque, en Espagne, le Sol Wave House s’est auto-proclamé premier hôtel Twitter.

Sur place, les adeptes de l’oiseau bleu peuvent utiliser différents mots-clics pour maximiser leur expérience et un «Twitter concierge» veille à satisfaire les désirs de la clientèle ultra-branchée.  Ironiquement, le compte Twitter de l’établissement ne compte même pas 1000 abonnés…

Inutile d’aller jusqu’à Majorque pour le constater: un nombre croissant de voyageur a le nez rivé sur son téléphone intelligent dans les aéroports, les hôtels ou les auberges de jeunesse. On s’en sert autant pour s’informer que pour partager. Pour plusieurs, les applications mobiles ont remplacé les guides de voyage. Il est si facile d’avoir toute l’information voulue au bout des doigts!

En mars 2013, une enquête de Hotels.com a révélé que plus du tiers des voyageurs considèrent WiFi gratuit comme le critère no. un dans le choix de leur hôtel.  Doit-on alors s’étonner qu’en contrepartie, de plus en plus de gens sentent le besoin de se débrancher?…

À force de lire sur le sujet, j’en suis venue à me dire qu’au fond, les deux tendances rejoignent exactement la même clientèle. En tant que «technomade» assumée, je suis la première à reconnaître qu’il m’arrive de verser dans l’excès.  Pour la même raison, je songe à m’offrir une cure «no techno» depuis plus de deux ans.  Je l’ai fait sur de très courtes périodes, remarquez (la plupart du temps quand j’y étais obligée parce que la zone dans laquelle je me trouvais n’était pas couverte par mon fournisseur de téléphonie cellulaire!), mais je suis persuadée du bienfait de prendre de vraies pauses de temps en temps. Par contre, ce n’est pas si facile de se couper ainsi de la technologie! Voilà pourquoi un forfait incluant soleil et promesses de repos peut devenir intéressant.

Car ce n’est pas tant le gadget qui nous manque, mais le monde qu’il nous permet de voir évoluer à travers l’écran. Le syndrome FOMO, vous connaissez? J’en souffre, comme bien d’autres qui refusent de l’admettre. Ce mal 2.0 vise les boulimiques d’infos qui ne veulent rien manquer, mais aussi les social butterflies qui veulent être partout à la fois (mon article sur le sujet ici). Même dans un lieu de rêve, on a toujours un copain quelque part qui semble vachement s’éclater dans un endroit où nous aurions pu être nous aussi. Merci à Instagram, Twitter, Facebook et autres Pinterest de nous le rappeler.

C’est l’un des grands paradoxes des réseaux sociaux: on a jamais été autant dans le «ici et maintenant», mais on a jamais autant voulu être ailleurs. Heureusement, avec le temps (et l’âge!), on arrive à relativiser. Et à (surtout) en apprécier les bons côtés.

La surconsommation techno inspire aussi les publicitaires.  En janvier dernier, des zones «no WiFi» qui bloquent les signaux dans un périmètre de 5 km ont fait leur apparition au centre-ville d’Amsterdam. Ils sont commandités par Kit Kat, qui recommende de «prendre une pause»…

Tiens, j’irais bien à Amsterdam pour les «Instagramer» celles-là. ;-)

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QUELQUES EXEMPLES D’INITIATIVES DE DÉSINTOX NUMÉRIQUES REPÉRÉES AU COURS DE LA DERNIÈRE ANNÉE: 

Option Déconnexion du Spa Eastman: Au Québec, le spa Eastman est l’un des premiers à proposer une désintox techno.  À l’arrivé, ls appareils sont pris en charge. On nous offre un guide «Reconnecter» qui propose des trucs pour rééquilibrer l’utilisation des appareils numériques au quotidien. L’option peut s’ajouter à n’importe quel forfait existant. Des tests sont disponibles sur le site pour déterminer si ce type de séjour pourrait vous être bénéfique.

• Désintox de groupe au Château Laurier, à Ottawa, lors de réunions:  Dès qu’on entre dans la salle, on met tous nos gadgets électroniques dans une boîte noire qui est sous clé pendant toute la durée de la rencontre.

• À Los Angeles, Eva Restaurant offre un rabais de 5% aux gens qui laissent leur téléphone à la réception.

• Virgin Holidays propose une «thérapie de débranchement» par l’entremise de six capsules vidéo qui expliquent comment résister à la tentation de la technologie.  On y découvre les étapes à suivre pour décrocher complètement avant le départ,  pour profiter pleinement de son voyage et comment ne pas vivre un choc de retour trop intense….

• St-Vincent-et-les-grenadines, archipel composé de 32 îles dans les Caraïbes, a carrément axé sa promo sur la «désintox techno» en 2012. On y offrait notamment un forfait d’environ 3800$ pour 7 nuits dans différents établissements et le vol (depuis les États-Unis). Au programme : pas de télé, pas d’Intenet ni de téléphone dans les chambres. Pour avertir le personnel qu’on souhaitait que sa chambre soit nettoyée, on devait accrocher un petit drapeau jaune sur une pole de bambou, sur la porte.

• À Vancouver, le Loden Hotel a aussi proposé un forfait «Digital Detox» en 2012 qui consistait à laisser ses bébelles électroniques au concierge en échange d’un massage  relaxant et d’une séance au sauna à infrarouge (à partir de 229$).

• À Chicago, l’hôtel Monaco offre l’option «black-out». On remet tout simplement nos gadgets à l’arrivée. Mais la majorité préfère les garder et utiliser WiFi, a confié le directeur à CNN.

• À Dublin, l’hôtel Westin  a élaboré un «digital detox package». Les gadgets électroniques sont enfermés dans un coffre-fort pendant la durée du séjour et on s’assure que les clients sont traités aux petits oignons pour les oublier : déjeuner est servi au lit et on leur remet un «kit de survie» qui comprend des guides en papier pour explorer la ville et des jeux de société.

EN VRAC:

Selon une enquête effectuée par Osterman Research en 2010 , dont a fait mention le Réseau de veille en dans un dossier sur la désintox numérique en janvier 2013 :   1/3 des répondants affirmait avoir vérifié ses courriels en vacances pendant qu’ils pratiquaient une activité sportive comme le vélo, le ski ou l’équitation.  (J’ai l’impression qu’il y en aurait encore plus en 2013!).

• Autre sondage auprès  des clients de la chaîne d’hôtels Marriott and Renaissance Caribbean & Mexico Resorts : 85% des répondants ont déjà été dérangés par quelqu’un qui parlait fort au téléphone portable/cellulaire, que 50% ont indiqué consulter leurs courriels et leurs messages vocaux plusieurs fois par jour pendant les vacances et même que 31% avaient été tentés de jeter leur appareil mobile à l’eau…

À LIRE ÉGALEMENT: Mon utilisation de la techno en voyage.

(Source: plusieurs, dont le Réseau de veille en tourisme)

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Où est l’étincelle?

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Je réfléchis beaucoup à mon avenir sur la blogosphère ces temps-ci. Il y a quelques semaines, j’ai lancé un groupe de blogueurs voyage francophones sur Facebook parce que je ressentais le besoin d’échanger dans ma langue maternelle avec des gens partageant mes préoccupations. TBEX a aussi entraîné d’autres questions.

Résultat: je suis plus mêlée que jamais.

Malgré ce que certains blogueurs vedettes prêchent dans leurs conférences, j’ai de plus en plus l’impression que le contenu est relégué au second plan. Maintenant que certains ont fait de leur blogue leur gagne-pain, on voit pulluler les wannabes qui pensent à la notoriété et au fric avant même de montrer ce qu’ils ont dans le ventre (je constate la même chose en journalisme, remarquez, mais pas dans la presse touristique, puisqu’on sait tous qu’il y a peu d’argent à y faire, au Québec du moins!). On cause stats, rentabilité, pubs et «échanges» (qui veut souvent dire «intérêts», en réalité).

Mais où est l’étincelle? Celle qui fait qu’un jour tout s’embrase, qu’on prend nos cliques et nos claques pour aller vers cet inconnu qui nous appelle? Qu’a-t-on fait des papillons qui se mettent à voler dans tous les sens quand on évoque l’ailleurs et le bonheur d’être sur la route? De cette envie de crier à l’univers entier à quel point le monde est beau? De prendre la plume parce que c’est plus fort que nous?

Je bourlingue sur la planète médias depuis deux décennies (oui, j’ai commencé à l’adolescence;-). J’ai vu le journalisme glisser vers le publireportage (à peine) déguisé à plus d’une reprise. J’entends régulièrement (et de plus en plus) parler des objectifs de rentabilité. Je comprends que tout cela est nécessaire. Mais on va souvent trop loin. Beaucoup trop loin (comme demander aux journalistes de céder leurs droits d’auteurs ET leurs droits moraux sans, bien sûr, leur offrir un sou de plus).

Quand j’ai commencé à bloguer, j’étais grisée par l’incroyable sensation de liberté. La sainte paix! Personne pour me dire de «ploguer» tel ou tel artiste (ou produit), d’oublier les destinations moins accessibles, me demander de diluer mes propos ou de me censurer, carrément.

J’ai récemment pris conscience de la «transformation extrême» de la blogosphère voyage en discutant avec des Européens. De plus en plus de blogueurs veulent vivre de leur blogue (ce qui n’est une mauvaise chose en soi – tout dépend comment c’est fait – mais ça ne m’avait jamais traversé l’esprit!). Des gens écrivent même des bouquins sur le sujet. On crée des «recettes» pour voyager gratuitement et même en vivre.

J’ai soudainement eu l’impression d’être un scribe égaré dans un autre siècle. Où étais-je, pendant que la Terre s’était mise à tourner dans l’autre sens?

Depuis, je vis un véritable choc des cultures. Le blogging en 2013, c’est bien souvent une affaire de marketing. La connaissance des rouages permettant d’être mieux référencé. «D’échanges» visant à faire grimper sa propre cote de popularité. Une maîtrise des coulisses plus que de l’écriture.

Pour moi, tout le bizounage derrière le blogue est un mal nécessaire. Simple d’en créer un, mais ardu de comprendre toutes les fonctionnalités. Bloguer, c’est aussi se dépatouiller avec l’aspect technique. À chacun ses forces… et ses failles.

J’essaie de m’intéresser de plus en plus aux différents aspects du blogging, mais surtout de ne pas m’éloigner de ce qui me passionne vraiment. Je n’ai aucune envie de m’éteindre. Et c’est ce qui risque d’arriver si je troque le plaisir pour une potentielle rentabilité (car qui dit rentabilité dit aussi maîtrise de tout ce qui me donne envie de fuir, tant la technique que les chiffres!).

Le choc est encore plus grand depuis l’ouverture du groupe sur Facebook. Alors que j’avais envie de mieux connaître mes pairs et d’apprendre d’eux (et vice-versa), je les vois s’opposer, se juger et parfois carrément s’attaquer. Pas tout à fait ma définition de l’entraide. Call me the hippie-old-fashion-blogger

Je ne suis pas contre le fait que certains arrivent à tirer un revenu de leur blogue. Après tout, on leur consacre beaucoup de temps et d’énergie. J’ai même commencé à m’ouvrir un peu et à accepter des liens sponsorisés. Je suis aussi d’accord sur ce point: on peut avoir l’étincelle ET le côté business (lucky you).

Mais avons-nous vraiment besoin de répéter les erreurs des médias traditionnels?

À lire également: TBEX en 10 observations, Les outils pour mesurer l’influence, ça vaut quoi? et Fille de mots.

P.S.: Je précise que ce billet ne vise personne EN PARTICULIER. Et pour l’anecdote, avant de créer mon premier blogue en 2001 (que j’ai rapidement supprimé), j’ai eu des «pages personnelles» dans les années 1990. Houuuu! ;-)

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Être en vie

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«C’est important de vivre maintenant. On ne sait jamais ce qui peut arriver.» Ce n’est pas moi qui le dit, mais mon médecin. Rassurez-vous, je vais très bien. Mais avec tous les cas de cancers (dont elle et lui) et de maladies chroniques autour de moi (sans parler des morts qui restent inexpliquées – pourquoi?…), disons que plus que jamais, j’ai besoin d’être rassurée sur l’état de ma santé.

Chaque fois que je pense à la mort, je me demande comment je pourrais arriver à vivre encore plus fort. Je suis déjà bien ancrée dans le présent (des REER, c’est quoi, ça?). Je baigne constamment dans l’intensité, trop dans l’intensité. Mais à force de voir la Grande Faucheuse rôder, j’en viens à me questionner. Et si j’étais en train de passer à côté de quelque chose?

Il y a toutes ces contrées que je rêve de visiter. J’ai beau rester consciente que je n’aurai pas le temps de voir toutes les destinations qui m’appellent, cette idée me rend complètement dingue. Il y a ces romans qui me hantent depuis l’adolescence et que je regrette tant de ne pas avoir déjà écrits (comment arriver à les écrire alors qu’on est si occupé à vivre?). Il y a bien sûr les miens, que je veux aimer le mieux et le plus longtemps possible. Ça, pas question de passer à côté.

Et il y a la réalité. Dettes et comptes à payer. Les deux mots que je déteste le plus au monde. Les ultimes entraves à la liberté. Je ne rêve pas d’être riche: juste d’avoir la crisse de paix pour vivre pleinement.

Je n’ai jamais supporté l’idée de la mort. Mais ce n’est pas «l’après» qui m’inquiète. C’est quitter la vie.

P.S.: Mon médecin m’a aussi dit que je fais bien de voyager autant. Et de boire du lait au chocolat après avoir joggé. ;-)

P.P.S.: Désolée pour le sacre, Maman!

Sur des sujets similaires: Mais qu’est-ce qu’on attend? et La pulsion du voyage.

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Les voyages qui changent la vie

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Avec Nikki et Nathalia

Plusieurs voyages ont eu des impacts majeurs sur le cours de ma vie. Un forum rassemblant des jeunes Francophones du monde entier au début de la vingtaine, que j’étais allée couvrir pour le journal La Presse dans les années 1990. Un stage de vidéoreporter au Burkina Faso à la fin de la même décennie. Un mois de cours d’anglais à Vancouver en 2000, à dormir dans le dortoir d’une auberge de jeunesse. Les 18 mois que j’ai passés en Asie.

Parmi les expériences récentes qui ont entraîné une série d’événements, il y a ma première participation à GoMedia, à Toronto, en 2010. La Commission Canadienne du Tourisme m’avait alors invitée à prendre part à un panel (in english, of course) avec des top-journalistes/blogueurs d’un peu partout. On m’avait aussi proposé de choisir un «post-tour». Quand j’ai vu qu’il était possible de traverser le Canada en train avec Via Rail – un vieux rêve -, je n’ai pas hésité une seule seconde.

Je me suis donc retrouvé à la gare de Toronto un matin de septembre en compagnie de journalistes de tous horizons. «Regardes-tu la série Entourage, ai-je glissé à l’oreille d’une blondinette anglaise, pendant la présentation du cocktail de bienvenue. Ce mec, c’est Lloyd!» Un éclat de rire plus tard, nous savions que nous deviendrions copines. La même complicité s’est spontanément installée avec Nathalia, journaliste brésilienne qui quittait son fils de 9 mois pour la première fois. Que de fou rire partagés pendant ces quatre jours de traversée!

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L’heure de l’apéro

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Moose!!!

Peu après mon retour, j’avais écrit ceci:

J’avais aussi l’impression que je ne revivrais plus ces moments de complicité spontanée en voyage. Ces rencontres impromptues qui donnent naissances à des amitiés profondes. Ces hasards si bien orchestrés qu’on a l’impression qu’ils n’en sont pas, justement.

J’avais tort.

Je viens de passer une semaine formidable avec deux journalistes rencontrées à bord du train de Via Rail, suite à l’événement GoMedia, organisé par la Commission canadienne du tourisme. Quelque part entre Toronto et Vancouver, entre un cocktail et un énième éclat de rire, j’ai su que Nikki et Nathalia ne seraient pas que de simples copines de route. Que cette passion commune pour les voyages, la bonne bouffe (quel bonheur de ne pas être la seule à passer dix minutes à photographier chacun des plats! lol) et les spas nous mènerait plus loin que la Colombie-britannique.

Nathalia a par la suite ressenti le besoin de passer du temps avec son fils, ce qui est tout à fait compréhensible. Nous avons continué à nous écrire de temps en temps pour prendre des nouvelles. De mon côté, ma fille étant plus âgé, j’ai pu organiser différentes escapades avec Nikki.

45687_10151276118396039_1856540643_nAprès nous être revues lors de l’édition suivante de GoMedia, il était clair que la blondinette – devenue brunette – et moi serions désormais inséparables. Depuis, il se passe rarement une journée sans que nous échangions sur les réseaux sociaux ou par texto. Nous nous sommes retrouvées à Edmonton, Montréal, Los Angeles, Québec et Charlevoix. Nous avons aussi pris part à un autre «post-tour» en train ensemble après GoMedia en 2011, cette fois-ci à bord du Rocky Mountaineer. Un autre voyage qui a eu un impact majeur sur ma vie à plusieurs égards.

Je voyage pour voir le monde. Et aller à la rencontre DU monde. Les lieux qui m’ont le plus marquée sont tous liés aux personnes qui se sont trouvées sur ma route, que ce soit des locaux ou d’autres voyageurs. Alors voir du pays avec des journalistes et des blogueurs qui partagent ma passion pour les mots en plus de la découverte transforme forcément la moindre escapade en souvenir mémorable.

Depuis ce voyage, en 2010, Nathalia a lancé son propre blogue, Como Viaja! Nikki, elle, a carrément pris la décision de quitter son Brighton chéri pour embrasser une nouvelle vie à Vancouver. Elle blogue elle aussi depuis 2012.

J’ai appris il y a quelques semaines que Nathalia passerait par Montréal avant de se rendre à Toronto pour TBEX en juin, événement auquel j’avais moi aussi pris la décision de prendre part. Le bonheur d’imaginer que je la retrouverai bientôt!

Cerise sur le sundae: Nathalia, Nikki et moi avons toutes trois été invitées à GoMedia cet année. Nous serons donc à nouveau réunies à Charlottetown en septembre 2013.

Oui, le monde est petit. Et rempli de surprises. :-)

En attendant, je vous invite à suivre Nathalia et 27 autres blogueurs des quatre coins de la planète dans le cadre de Journey to TBEX: #ExploreCanadaBlogger Train. Deux blogueuses françaises que j’aime beaucoup lire et que j’ai très hâte de rencontrer, Adeline et Sarah, feront le voyage avec elle.

Voir du pays, c’est bien. Mais en bonne compagnie, ça peut carrément changer une vie.

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P.S.: Clin d’oeil à Élyse Mailhot, qui a été à l’origine de ma première participation à GoMedia. Tant de choses dans ma vie ont découlé de cette première expérience! Je l’ai souvent remerciée, mais je le fais à nouveau ici. Merci Élyse! XX

À lire également: billet de Nathalia (en portugais) et reportage de Nikki (en anglais) sur ce voyage en train, de 2010. Le mien, sur EnTransit.ca. Un billet plus perso sur notre rencontre. Autre billet de Nikki sur un autre trajet de train que nous avons fait ensemble.

Aussi: Montréal-Halifax en train avec ma fille, L’Europe en train ou en avion?, L’Ouest canadien à bord du Rocky Mountaineer et Charlevoix en train.

Jasper, où je me suis arrêtée lors de ma traversée du Canada en train en 2010. C'est aussi de là-bas que j'ai pris le Rocky Mountaineer en 2011.

Jasper, où je me suis arrêtée lors de ma traversée du Canada en train en 2010. C’est aussi de là-bas que j’ai pris le Rocky Mountaineer en 2011.

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Confessions d’une journaliste-blogueuse voyage

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Il y a mille clichés associés au boulot de travel writer. Certains sont vrais. D’autres, complètement à côté de la plaque. Glamour, passer sa vie entre deux avions? Pas toujours… Quelques faits, en vrac.

1- J’ai toujours l’air en vacances, mais je ne le suis jamais (deux petites semaines de vraies vacances en cinq ans, pour tout vous dire). J’ai déjà vu cinq plages en un après-midi sans avoir le temps d’y tremper plus que mon gros orteil. Après m’être envoyé quelques banana mamas, il m’arrive de rentrer sagement dans ma chambre d’hôtel pour terminer ce texte que je devais rendre hier. Ou avant-hier…

2- Je suis constamment en carence de sommeil. Pendant un voyage de presse, on tente de nous faire voir le plus de choses en le moins de temps possible. Cela signifie souvent devoir se lever avant le soleil et rentrer à l’hôtel après minuit. Le décalage? Plus le temps passe, plus il m’est difficile de le gérer. J’ai essayé plusieurs trucs. Le plus efficace dans mon cas: traîner mon oreiller gonflable partout. Je grapille ainsi quelques minutes de sommeil ici et là, dans l’avion, le bus ou la voiture.

3- À l’hôtel, le WiFi fonctionnel et rapide est pour moi plus important qu’une vue à couper le souffle. Je ne supporte plus de passer des nuits à écrire dans les lobbys des hôtels, souvent le seul endroit où on arrive à se brancher. Quand il faut en plus payer, je serre les dents pour ne pas hurler.

4- Je préfère nettement un lit confortable dans une petite chambre qu’un matelas «moyen» dans une immense suite au décor de conte de féeOn oublie parfois l’essentiel, à force de vouloir en mettre plein la vue.

5- Souvent, nous passons plus de temps à visiter les hôtels qu’à contempler la vue croquée à la hâte entre deux rendez-vous avec des membres de la direction des établissements où nous logeons. Le superbe paysage qui vous fait tant rêver sur Instagram? Un instant fugace, souvent bien loin de l’état contemplatif qu’il inspire.

6- La question que je pose le plus souvent à mes hôtes? «Les gens "normaux" y ont-il accès?» Manière humoristique de savoir si ce plat fantastique qu’on vient de nous servir ou ce tour d’hélicoptère est inclus dans le forfait qu’on est en train de tester. On tente souvent d’impressionner les journalistes. Notre boulot, c’est d’abord de départager le vrai du flafla. Pas toujours si évident.

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7- Je dors dans des suites que je n’aurai jamais les moyens de me payer (mais d’autres les ont – je ne l’oublie pas non plus). Il m’arrive encore parfois de loger dans des auberges de jeunesse pour l’atmosphère qui y règne. Ne le dites surtout pas à ceux qui auraient envie de m’inviter à me glisser dans les draps de coton égyptien de leur palace, toutefois. Inévitablement, j’ai développé un certain goût pour le luxe. Un esprit plus critique, aussi. Mais peu importe le nombre d’étoiles d’un établissement, j’apprécie d’abord l’accueil, l’ambiance et la propreté. Remarquez, je ne rechigne pas quand on dépose du chocolat sur mon oreiller le soir venu. ;-)

8- Il y a une certaine hiérarchie dans l’attribution des chambres et autres privilèges, en voyage de presse. L’exemple le plus flagrant est entre les équipes de télévision et les «simples» membres de la presse écrite, lors de gigaévénements rassemblant des médias des quatre coins de la planète. Je me souviendrai toujours, aussi, de l’immense suite dont avait hérité une collègue anglaise alors que moi, je me suis retrouvée dans une chambre standard (géniale, mais tout de même, l’écart était saisissant). Lors d’un autre voyage, alors qu’on avait promis à tous les journalistes et blogueurs une visite au spa, une seule a pu finalement en profiter: la même journaliste britannique (qui est malgré tout devenue l’une de mes meilleures amies au fil du temps!). Le marché québécois n’est pas prioritaire pour tous, disons. De la même manière, aucun relationniste ne l’avouera, mais nous savons tous que certains journalistes de grands médias sont plus chouchoutés que d’autres…

9- Le tourisme est une spécialisation. Il faut du temps pour comprendre les rouages de cette industrie et avoir la perspective nécessaire pour écrire des papiers nuancés (je suis d’ailleurs encore en plein apprentissage – je dis toujours qu’il faut un bon bagage de vie en plus d’une culture générale pour faire ce boulot). Ça M’ÉNERVE que n’importe qui s’auto-proclame journaliste en tourisme. J’ai par ailleurs récemment été membre du jury d’un prix de journalisme. La majorité des textes soumis en tourisme n’avaient clairement pas été pensés pour cette catégorie. Comme si parce qu’un papier porte sur l’économie d’un pays – un «vrai» sujet sérieux, hein -, il a plus des chances de remporter la palme qu’un autre qui présente seulement ses attraits touristiques. J’étais carrément insultée en lisant certains articles. Le journalisme touristique exige la même rigueur et les mêmes réflexes que n’importe quel autre domaine. Ce qui distingue un auteur d’un autre? L’originalité de son angle et sa recherche, bien sûr, mais aussi son regard. Plus que dans n’importe quelle autre section, la plume et la personnalité de l’auteur font une différence (du moins, c’est mon humble avis).

10- Porter le double chapeau de journaliste et de blogueuse n’est pas simple. Plusieurs relationnistes ne savent pas dans quelle catégorie me caser. Je passe de l’un à l’autre constamment. Du web au papier, de la radio à la télé, aussi. Ça m’agace qu’on tente absolument de m’étiqueter. Je revendique le droit d’être multiple… et unique (oui, j’ai un ego moi aussi).

11- Non, personne ne me paie pour voyager. Quand je suis sur la route, je ne gagne pas d’argent. C’est en vendant mes reportages et mes billets que je suis rémunérée (et c’est rarement mirobolant). J’ai la chance d’avoir des clients réguliers et extraordinaires, comme MSN, avec qui je travaille depuis 2009. Sur le blogue EnTransit.ca, j’ai la liberté d’écrire sur n’importe quel sujet (ou presque). Vous comprenez pourquoi j’ai besoin de WiFi maintenant? Je ne peux pas me permettre de perdre une semaine de salaire par mois (fréquence à laquelle je voyage approximativement depuis trois ans).

12- Je fais quoi si je déteste un endroit? Bonne question. Comme je suis invitée, c’est délicat. Quand mon impression est vraiment négative, je préfère ne rien écrire (ça m’est arrivé dans le cas précis d’un hôtel dont j’avais détesté chaque détail, alors que plusieurs collègues l’avaient aimé). Trasher pour trasher, pas mon truc. Je suis tout à fait consciente que souvent, c’est une question de perception. J’essaie de nuancer le plus possible. Mais une chose est sûre: vous ne me verrez jamais encenser un lieu que je n’ai pas sincèrement aimé.

13- On ne choisit pas nos compagnons de voyage (heureusement, plusieurs sont fantastiques et deviennent des amis). On passe aussi beaucoup de temps seul dans des chambres d’hôtel très romantiques.

14- Je mange beaucoup trop et je bois beaucoup trop. Ce métier va tous nous rendre obèses et alcooliques! Je le dis à la blague, mais il y a un fond de vérité. Pas étonnant qu’on soit (presque) tous accros au gym ou à la course. Il faut pouvoir brûler des calories même en voyage.

15- J’ai développé une foule de rituels, d’obsessions et de bizarreries au fil des années. Je ne pars presque jamais sans un sac de bonbons, que je déguste dans l’avion. J’inspecte systématiquement toutes mes chambres d’hôtel pour ne pas y trouver de bestioles indésirables (je peux cohabiter avec quelques araignées ou coquerelles, mais les punaises de lit, pas question!). Je mets des sachets de lavande dans ma valise pour chasser les insectes. Même si je ne parle que le français et l’anglais (et quelques phrases de chinois), il m’arrive de comprendre quand même des interlocuteurs parlant d’autres langues. Le body language aide, bien sûr, mais l’oreille aussi.

16- Au retour d’un voyage de presse, il me faut toujours un jour ou deux pour me réhabituer à la «vraie vie». Où est le buffet du petit déj’?

17- Le stress des aéroports? Parvenir à emmener ma fille à l’école à l’heure tous les matins m’angoisse beaucoup plus.

18- Sur une note plus anecdotique, Tourne la page joue constamment dans ma tête. Considérant que je prends l’avion une bonne vingtaine de fois chaque année, le ver d’oreille est tenace. Comme je l’écrivais sur Instagram plus tôt cette semaine, le plus dur reste encore de ne pas me mettre à exécuter les petits moves du clip chaque fois que je me trouve à YUL (lol).

19- Non, je n’ai pas peur du ridicule (mes partenaires de karaoké pourront vous le confirmer). Mais les danses à deux, je déteste. Par contre, oui, parfois, j’ai envie de jouer des scènes du genre pour décoincer les agents qui se prennent trop au sérieux à l’aéroport.

20- Je sais. Vraiment dure, ma vie. ;-)

P.S.: Au cas où certains ne l’auraient pas compris, j’adore mon boulot. Mais la réalité est bien loin de l’image que plusieurs s’en font!

P.P.S.: Je n’arrête pas de faire des ajouts depuis la publication de ce billet. Il n’est pas impossible que j’en fasse d’autres au cours des prochains jours.

Sur des sujets similaires: Mon utilisation de la technologie en voyageMarcher sur des oeufs et Mes indispensables de voyage.

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Mon utilisation de la technologie en voyage

Dans un café du Vieux-Montréal

Dans un café du Vieux-Montréal

«Décroche et profites-en!» Combien de fois ai-je entendu ce commentaire après avoir publié un statut ou une photo pendant un voyage? Je ne suis pas la seule de mon espèce. Mais selon la «police de la techno», en restant ainsi en lien avec nos réseaux, nous serions moins tournés vers les gens que nous rencontrons et moins enclins à profiter de ce qui se passe sous nos yeux.

Attendez.

Avant les cellulaires, les ordinateurs portables et autres tablettes, il y avait un machin dont je ne me séparais jamais. Ça s’appelle… un carnet de notes. Tous les jours, je le noircissais de mes impressions et de mes coups de coeur. Les rencontres marquantes m’inspiraient de longs paragraphes truffés d’anecdotes. Je prenais des tas de photos, aussi, que je faisais développer en double chez Jean Coutu. :-) J’ai même publié un livre grâce à quelques-uns de ces carnets ensuite transformés en courriels (et utilisé une des photos pour la couv’). Et des tas de reportages.

La différence aujourd’hui? Je publie mes photos en direct (ou presque) par le biais d’Instagram et mes vidéos par SocialCam/YouTube. Je tweete/facebooke/blogue mes impressions, mes coups de coeur et rencontres marquantes. J’emmène les gens en voyage avec moi en direct plutôt qu’en différé.

J’ai un besoin viscéral de communiquer. De partager. De créer. D’échanger.

C’est comme ça.

Peut-être parce que j’ai longtemps été enfant unique. Que j’avais des tas de correspondants (oui oui, avec de vraies lettres en papier) à l’adolescence. À cause de l’alignement des planètes à ma naissance. Ou un autre machin du genre qui m’échappe.

Égocentrique? Sûrement. Mais ce trait de personnalité faisait déjà partie de moi avant l’avènement de Facebook. Les réseaux sociaux l’amplifient probablement, mais c’est là un autre débat qui, j’avoue, a fini par me lasser. (Je trouve rapidement tout dépassé, de toute façon, en vivant aussi intensément dans l’instant. Ça ne m’a pas empêchée de réfléchir longuement à la question… il y a cinq ans.;-) Et il est loin de m’empêcher de m’intéresser aux autres.

Perso, je me vois plutôt comme un «véhicule» (un Taxi-brousse?). Je vis des choses et j’essaie de les emmener vers les autres. De faire ressentir ce que j’ai ressenti, moi, au moment où je les ai vécues. Je ne sais pas si c’est plus proche du journalisme, de la littérature, de la bonne vieille lettre ou du potin (!), mais j’ai la nette sensation de faire partie d’un nouveau mouvement où le temps présent prime sur tous les autres.

Dans ma chambre d'hôtel, au Manoir Richelieu, dans Charlevoix

Dans ma chambre d’hôtel du Manoir Richelieu, dans Charlevoix

Il ne faut pas oublier non plus que je suis rarement en vacances quand je voyage. Les déplacements sont au coeur de mon boulot.  Quand je fais un check-in sur Foursquare, je m’assure de me souvenir de l’endroit où j’ai goûté ce plat délicieux (parfois, avec photo et description à l’appui – beaucoup plus facile à retracer ensuite que mes notes rédigées à la main, qui sont carrément illisibles, même pour moi). Oui, je fais parfois ma show off (comme vous, admettez-le!). Foursquare reste toutefois le réseau que je garde le plus fermé parce que je n’aime pas l’idée que de purs inconnus sachent où je me trouve.

Grâce à Twitter, je tisse des liens avec des gens de partout avant de visiter leur coin de pays et je garde contact avec d’autres rencontrés au fil de mes pérégrinations (Facebook entre alors en jeu).

Antisociaux, les adeptes de réseaux… sociaux? Au contraire! Je n’ai jamais autant vu de monde, tant en réel qu’en virtuel. Il faut dire qu’ils conviennent totalement à mon mode de vie. Je suis pigiste. Je travaille la plupart du temps de chez moi ou des destinations où je me trouve. Comme je le disais dans les entrevues accordées à gauche et à droite en 2008-2009, quand nous étions encore bizaroïdes de nous exprimer en 140 caractères, pendant que certains prennent des pauses «cigarettes» au bureau, moi, je prends des pauses «réseaux sociaux» habillée en mou. Souvent. Ma capacité d’attention était déjà réduite depuis longtemps. Baignant dans le Web depuis le milieu des années 1990, je «pense» en hyperliens depuis belle lurette. Avant, on appelait ça la culture du zapping. Autre temps… même maudite affaire, au fond.

Quand les gens me demandent pourquoi je passe autant de temps sur les réseaux sociaux, ma réponse est simple: je ne regarde plus la télé. J’ai déplacé ce temps passif en temps de lecture et d’interaction avec des gens qui peuvent être au coin de ma rue comme à l’autre bout du monde.

Vous êtes outrés quand vous voyez des gens penchés sur leur cellulaire respectif au resto? Où est la différence avec le bon vieux journal? Tout est une question de perception…

En voyage, je fouille sur mon cell comme jadis dans un guide. J’utilise les outils qui se trouvent au bout de mes doigts plutôt que de déplier une carte trahissant mon statut d’étrangère.

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J’adore cette photo de Gina Desjardins (à gauche), Karine Charbonneau (à droite) et moi, prise dans un resto de Dijon pendant l’aventure Espadrilles et champagne, en 2010. Pratique, les cellulaires en voyage. Et ils ne nous ont jamais empêchés d’avoir du plaisir à être ensemble! À trouver plus vite notre chemin, à chercher des infos et à partager des impressions, ça oui, par contre.

Oui, nous exagérons souvent avec nos téléphones intelligents. Nous parcourons les actualités en marchant, nous textons en traversant la rue, nous ne pouvons nous empêcher de jeter un coup d’oeil à nos nouveaux messages en pleine réunion. Mais je trouve que les «anti» exagèrent aussi et ne prennent pas la peine de faire le tour de la question avant de trancher.

Une discussion sur Facebook à propos de cette jeune femme qui, distraite par son cellulaire, aurait perdu la vie en tombant entre deux wagons de métro m’a fait réfléchir. J’en reviens cependant toujours au même constat: les réseaux sociaux ne font qu’amplifier nos traits de caractères dominants.

J’ai toujours été dans la lune. Combien de fois suis-je descendue du bus un coin de rue trop loin parce que j’étais perdue dans mes pensées? Trébuché parce que je regardais les étoiles plutôt que le sol? Foncé dans quelqu’un dans une station de métro parce que je voulais terminer le chapitre d’un roman passionnant? Ce tragique accident aurait pu m’arriver à moi aussi cette semaine ou… il y a 20 ans.

Le mot «dépendance» est rapidement prononcé quand il s’agit de technologie. Dit-on de quelqu’un qui regarde la télé pendant plusieurs heures quotidiennement qu’il en est dépendant? Peut-être pas aujourd’hui. Mais parions qu’il se faisait rapidement étiqueté au moment où la télé a fait son apparition.

Je reste tout de même critique envers certaines utilisations moi aussi, remarquez. J’ai beau aimer le téléphone cellulaire, la manière dont certains l’utilise me rend complètement dingue. Comment peut-on passer tout un trajet Québec-Montréal en appel conférence comme si on était seul dans le train (cas vécu)? Pourquoi raconter très fort les détails de son voyage initiatique en Inde pendant plus d’une heure dans un autobus bondé, à une heure où tout le monde souhaite se reposer (rebelote)? Pourquoi ne pas désactiver les sons de son téléphone? Ce qui m’énerve le plus des cellulaires n’a rien à voir avec l’objet lui-même. C’est le  comportement de certains utilisateurs qui m’irrite.

À chacun sa façon de communiquer. Moi, je préfère le faire par écrit, que ce soit sur mon ordinateur, ma tablette ou mon téléphone (mais pas à la main, je n’arrive plus à me relire!). J’ai développé, avec les années, une profonde aversion pour les appels. Parler au téléphone? Je déteste. Surtout en public.

L’avènement des réseaux sociaux n’a pas fait de moi une personne recluse. Au contraire: je n’ai jamais reçu autant d’invitations. Eu autant envie de sortir. J’ai rencontré tant de gens intéressants par l’intermédiaire de Twitter! Plusieurs sont d’ailleurs aujourd’hui de bons amis que je prends énormément de plaisir à voir en chair et en os (malheureusement, le nombre d’heures dans une journée est resté le même…).

Quand je prends part à des conférences ou à des événements internationaux, j’aime établir un premier contact avec les collègues qui y seront avant de quitter la maison. Je le disais déjà en 2008: pour moi, les réseaux sociaux permettent de sauter le malaise de la première rencontre. La glace est déjà brisée. On peut entrer directement dans le vif du sujet. Avoir une bonne idée des atomes crochus – ou pas – qu’on a avec des gens.

Chose certaine, qu’on le veuille ou non, les réseaux sociaux sont en train de révolutionner notre rapport au monde.

L’un des bons côtés? Si vous me trouvez trop intense, il est facile de cesser de me suivre. ;-)

P.S.: Pour en revenir à la question initiale du «décrochage», oui, il m’arrive de me débrancher en vacances. Surtout quand WiFi n’est pas accessible! :-)))

P.P.S.: Pour ceux qui ne le savent pas, avant de faire des voyages mon créneau principal, j’étais chroniqueuse/journaliste/reporter techno (Génération W, Double Clic, Branché, Guide Internet, La Revanche des NerdZ… alouette!).

 Si vous souhaitez toujours me suivre, vous me trouverez sur Twitter,  Instagram (@Technomade) et Facebook.

Pareils, les Québécois et les Français?

La Québécoise Judith Ritchie vit à Paris depuis 2009.

Ah! Les Français… On les aime autant qu’on les déteste. Plusieurs d’entre nous les envient un peu, beaucoup, aussi. Après tout, ils ont l’histoire, la Tour Eiffel et le bon vin! Et puis, il y a ce sentiment de parenté lointain et le partage de la langue. Forcément, on se resseemble, non? Erreur. Pour quiconque a passé un peu de temps dans l’Hexagone, le Québec et la France ont autant à voir que la poutine et le foie gras. Cela ne veut cependant pas dire que les deux ne peuvent pas aller ensemble…

«N’importe quel touriste qui visite le Japon, la Chine ou l’Afrique s’y rend l’esprit plus ouvert que lorsqu’il visite la France, ont écrit Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow dans Pas si fous ces français, publié aux Éditions du Seuil. Les rites fascinants des Chinois ou des Zoulous peuvent être cause d’inconfort ou de désagrément, mais ceux qui voyagent dans ces pays ont tendance à accepter ces épreuves avec stoïcisme, car ils pensent, avec raison que dans une culture différente, les choses se passent différemment. Or, en France, les Nord-Américains perdent ce réflexe.»

Ils ne sont pas les seuls à avoir fait ce constat. «Effectivement, on pense qu’on sera pas dépaysé en raison de la langue mais c’est tout le contraire, renchérit Pierre B. Gourde, relationniste dans l’industrie de la musique. La France et le Québec, ce sont deux mondes, complètement.» Le Québécois s’y est d’abord rendu à l’occasion d’un stage à l’âge de 25 ans, puis pour y vivre pendant un an deux ans plus tard. Il y est retourné ensuite de 2010 à 2012.

Si sa première expérience en sol français s’est bien déroulée, la seconde a été plus cahoteuse. «Dès qu’on vient en tant que nouvel arrivant ou comme demandeur de quelque chose, c’est autre chose. Il y a tout de suite une certaine condescendance qui s’installe. On est gentils les cousins, mais on n’est rien, allez ouste du vent. Ce n’est pas toujours comme ça, bien sûr, mais il faut distinguer les rencontres faites en vacances ou en voyage d’affaires des rencontres faites en recherche d’emploi, par exemple. Pour ma part, j’ai réussi en quelque sorte à faire ma place mais au moment où mon visa se terminait. Il faut être patient, pas espérer que tout roule aussi vite que chez nous en Amérique. Mais des fois c’est dur sur le moral…»

Amis, oui… mais pas si vite

Judith Ritchie

Judith Ritchie

Paul Brisson s’est installé à Paris en juin 2008. Le trentenaire tient depuis le blogue Être loin, dans lequel il livre ses impressions, ses états d’âme, ses réflexions et… sa passion pour les saucissons! S’il a beaucoup de mal avec les horaires de travail français et rage parfois contre la bureaucratie (5 juillet 2008: «Je viens de signer mon bail. La signature du traité de Versailles a dû être moins laborieuse. Un peu plus et on fumait le calumet de la paix au son des tams-tams. J’ai tellement signé de trucs; sans le savoir j’ai peut-être autorisé le prélèvement d’un de mes reins mardi matin…»), ce sont ses réflexions sur certains comportements qui semblent aller de soit tant ici qu’outre-Atlantique qui nous amènent à nous questionner à notre tour. Il raconte notamment à quel point nous, Nord-Américains, passons rapidement en mode «intime». «Comme si chez nous, tout était naturellement d’ordre public, sans complexe», écrit-il, ajoutant que plusieurs Français avec qui il avait abordé la question ressentaient un certain malaise face à notre «promiscuité spontanée».

«Le Français n’ouvre pas sa sphère personnelle immédiatement, poursuit-il. Mais quand vient le moment, il le fait peut-être plus honnêtement que l’Américain (ou le Québécois).»

Pierre B. Gourde abonde dans le même sens: «Le truc, c’est que chez nous on est habitués que tout le monde soit gentils vite, mais c’est parfois de manière superficielle. En France, c’est l’inverse. C’est long avant d’entrer leur cercle d’amis mais une fois admis, on est bons (dans un contexte d’intégration).»

Judith Ritchie a transporté ses pénates dans la Ville Lumière en 2009, après plusieurs courts séjours exploratoires. Elle est aujourd’hui Beauty editor à L’Officiel de la mode et tient le blogue Clin d’oeil de Paris sur le site du magazine québécois Clin d’oeil. «Pour découvrir Paris, il faut se tenir avec des Parisiens, croit-elle. Il faut sortir de ses habitudes, changer ses repères, ne pas tout comparer et adopter les mœurs d’ici.» La journaliste affirme n’avoir eu que de belles surprises depuis son arrivée: «Les gens sont très accueillants et généreux lorsqu’on s’ouvre à eux. Ils ont soif d’authenticité, de simplicité et de folie! Ils sont pris dans des carcans familiaux, de statuts, de cercles d’amis… du coup, l’exotisme est un très bon atout.»

Râler, le sport national?

Et le mythe du Français «chialeux», qui s’emporte pour un rien? «C’est bien connu, les Français sont des râleurs, écrit Bruno (qui préfère garder un certain anonymat), fondateur du Portail des Québécois en France. C’est leur façon d’évacuer le stress. Ce caractère a de quoi frustrer n’importe quel Canadien, habitué dès le jeune âge à la tolérance et au respect des différences. Mais si on oublie cette caricature de râleur, on se rend compte que ce sont des gens "normaux", qui sont sympathiques et qui aiment bien profiter de la vie. Et, comme au Québec, les gens qui habitent la campagne sont moins stressés que les citadins.»

«Au niveau humain, une différence majeure est que nous les québécois détestons la confrontation et l’évitons à tout prix, alors que les français la cultivent, observe Pierre B. Gourde. C’est très complexe parce qu’on est soupe au lait et que, dans un contexte de confrontation, on part vite. J’ai vu des scènes en France où les mecs s’engueulent à des niveaux incroyables, et une fois que c’est dit, tout le monde repart de son côté, basta. Chez nous, rendu à ce point là, les poings ne tardent plus… C’est peut-être plus sain, mais ça créé de tensions incroyables entre nous parfois.»

«Évidemment, les français on les trouve chiants quand ils viennent ici parce qu’ils trouvent tout poches (j’exagère à peine), ajoute-t-il. Mais une chose est sûre c’est que sur certains aspects, on peut difficilement leur donner tort. Notamment en ce qui a trait à un certain art de vivre.»

Ce n’est pas Judith Ritchie qui va le contredire. La jeune femme continue de voir sa ville d’adoption (et ses habitants) avec des lunettes roses: «Paris est une ville romantique. Par son architecture, sa façon de vivre, de savourer la vie, de se poser pour un café en terrasse, de s’embrasser langoureusement dans la rue. L’amour y a sa place, au même titre que la vie de famille-métro-boulot-dodo. Quoi de plus romantique que de regarder la Tour qui scintille de mille feux en savourant un délicieux rosé?»

Les conseils de la blonde journaliste pour quiconque souhaite être heureux en France? «Parler aux gens. Sourire et tout prendre avec un grain de sel: les grèves, les crises, les scènes inutiles. Les Français sont comme ça… pas nous pour autant!»

EN VRAC:

Drague. Pour les Québécois célibataires, les mœurs entourant la séduction peuvent s’avérer déstabilisantes en France. Une femme qui aborde un homme? Jamais, voyons. Par contre, cette dernière ne doit pas se surprendre de se faire soudainement complimenter par la gent masculine. «Les hommes DRAGUENT et aiment séduire, confirme Judith Ritchie, journaliste pigiste qui vit à Paris depuis 2008. Ils sont affectueux, dévoués… ils donnent beaucoup plus. En revanche, ils ont aussi peur de l’engagement que les Québécois!»

Cousinage. Pour le fondateur du Portail des Québécois en France, il est clair qu’être Québécois s’avère un plus en matière d’intégration en France: «Les Français adorent les Québécois. Nous sommes des cousins, un important symbole de la présence française en Amérique du Nord. Même s’ils critiquent beaucoup les Américains, les Français rêvent encore et toujours au rêve américain: une société qui est partie de rien pour finalement devenir, en quelques décennies, le pays le plus puissant du monde, avec une qualité de vie qui n’existe nulle part ailleurs.»

Livre. Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, auteurs de Pas si fous ces Français (en français aux éditions du Seuil), ont passé plus de deux ans à observer «l’animal» dans son habitat naturel afin d’écrire leur ouvrage. Le point fort: une recherche approfondie et de nombreuses références à l’histoire, qui permettent de mieux comprendre le présent. Un must pour quiconque a envie de découvrir les Français d’un point de vue ethnologique. Le couple a publié d’autres livres suite à son séjour en France, notammentLes Français aussi un accent.

Utile. Pour trouver toutes les informations pratico-pratiques sur la vie en France ainsi que des forums de discussion, rendez-vous sur le Portail des Québécois en France: www.quebecfrance.info

Expatriation. Pour plonger dans le quotidien d’un Québécois exilé en France, ajoutez Être loin, le blogue de Paul Brisson, à vos favoris. Ce dernier se fait tantôt cinglant, tantôt admiratif du mode de vie français. Dans les deux cas, ses observations et ses réflexions sont toujours intéressantes. Remontez jusqu’à ses premiers billets pour découvrir ses premiers chocs culturels dans l’Hexagone.

Langue. On a beau utiliser les mêmes mots, on ne parle pas forcément la même langue… On a qu’à penser à «suçon» et «sucette» (en France, un suçon est la marque laissée sur la peau suite à une succion et une sucette, une friandise, alors qu’au Québec, c’est l’inverse) ou à «gosse» (besoin d’explications?), par exemple. Il existe plusieurs dictionnaires pour nous aider à nous y retrouver. En voici un, conçu par un internaute (gratuit!): www.fredak.com/dico/dico_argot.htm.

(Cet article a d’abord été publié sur Canoe.com en 2009, dans le cadre de ma série de chroniques sur le choc des cultures. J’avais aussi publié le début du texte ici.)

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