Le livre de Jean-Sébastien Marsan et Emmanuel Gril semble avoir remis la drague au goût du jour depuis quelques semaines. Cécile, entre autres, en a abondamment parlé pendant l’été. Je me permets donc une «montée de lait» car je n’en peux plus d’entendre et de lire les tirades des hommes québécois qui tentent de justifier leurs comportements (ou plutôt, leur «non-comportements»!). Comme si, soudainement, ils retrouvaient l’usage de la parole!
D’abord, mettons les points sur les «i». Au Québec, nous sommes nuls en matière de drague, hommes comme femmes. Nous ne maîtrisons pas l’art de la conversation. Cela ne fait pas partie de notre culture. C’est dommage. «On ne sait pas converser au Québec, a martelé la consultante en étiquette professionnelle et sociale Louise Masson quand je l’ai interviewée à ce sujet il y a quelques mois. Le meilleur moyen d’aborder un homme ou une femme est le charme et non les charmes. Je trouve que les Québécois ont beaucoup à apprendre dans ce domaine.»
Au risque de passer pour vieux jeu, je suis tout à fait d’accord. Pour moi, la drague n’est pas synonyme de baratinage (parfois si, mais ça reste mieux que l’absence d’intérêt), mais de charme. La bonne vieille séduction, quoi! Mais pour en arriver à séduire, il faut pouvoir aborder les autres de manière naturelle et non avec des phrases toutes faites. Je me suis déjà fait abordée par un gars dans un bar à propos du déneigement de la ville de Montréal… Pas très gagnant.
Certains vont encore parler des femmes castrantes que nous sommes, de l’héritage des féministes, etc. Soit. Mais peut-on faire la part des choses en 2009? Le débat va, à mon avis, beaucoup plus loin.
Je me souviens qu’enfant, mes parents tentaient de m’inculquer l’importance de la modestie (dans mon cas, ils ont lamentablement échoué… lol). J’étais ultra-timide. Avec le recul, je pense que mes inaptitudes sociales étaient presque valorisées. La timidité plutôt que l’ouverture aux autres. De toute façon, on ne parle pas aux étrangers! Et je ne pense pas être un cas isolé.
J’ai dû apprendre à me «vendre» sur le marché du travail, mais j’ai eu toujours beaucoup de mal à le faire quand un mec semblait posséder le potentiel d’un amoureux. Par contre, la drague, quand elle n’est qu’un jeu, quel plaisir! Mais comme c’est un jeu qui se joue à deux, disons que ce n’est pas au Québec qu’il m’a procuré ses meilleurs moments. Et puis, on ne sait jamais où un simple jeu peut mener… Il faudrait prendre la drague comme tel plutôt que d’en faire tout un plat.
Ainsi donc, la bonne vieille drague serait dépassée? Pour moi qui suis accro à Internet, il ne m’est jamais venu à l’idée – même à l’époque où je souhaitais ardemment rencontrer quelqu’un – de chercher l’âme soeur dans une agence de rencontres en ligne. Pas que je sois contre. J’ai des tas d’amis qui l’ont fait et qui en sont très heureux. Mais s’il y a un domaine où «la chair et les os» sont importants à mon avis, c’est bien dans la séduction! Je ne parle pas de beauté, je parle d’impressions. Ce n’est pas concret. On sent ou on ne sent pas, c’est tout. Certaines choses ne traversent pas l’écran. Après une première rencontre, c’est un plus si l’on peut séduire avec l’écrit (de préférence, sans fautes d’orthographe!). Mais je n’ai pu imaginer qu’une relation potentielle pouvait reposer là-dessus.
J’ai fini par «démissionner» des Québécois. En rencontrant des hommes d’autres origines, j’ai découvert la galanterie, le bonheur de se sentir belle, désirable, unique (même si c’est parfois une illusion!) et surtout, de discuter. Échanger. C’est tout banal. Alors pourquoi se fait-il que l’exercice soit si ardu ici? Comme si l’effort d’entamer la conversation était trop difficile à faire. Il est vrai que l’attitude de certaines femmes donnerait envie même à Casanova de se taire. On a tous du chemin à faire.
J’ai, à ma grande surprise, épousé un Sénégalais (y a-t-il pires baratineurs? lol). Ç’aurait pu être un Espagnol, un Italien, un Français ou même un Chinois (je vous jure, même si les Taïwanais étaient de bien piètres dragueurs – ils demandent l’autorisation de vous adresser la parole aux hommes qui vous accompagnent! – je crois qu’ils n’étaient pas pires que les Québécois). Un Québécois? Je ne crois pas, pour toute sortes de raisons (la principale étant l’espèce d’attitude désabusée et défaitiste – résignée? – de plusieurs de mes compatriotes mâles).
Au quotidien (depuis plus de sept ans!), les différences culturelles ressortent parfois. Mais le plus clair du temps, je me porte très bien, merci. Et personne ne referme la porte sur moi.
P.S.: Non, je n’ai pas encore lu Les Québécois ne veulent plus draguer, mais je me promets de le faire. Quoique je commence à en avoir marre du sujet…
P.P.S.: J’ai attrapé une partie de la discussion à Christiane Charette ce matin. Au moment de rédiger ces lignes, le débat n’était pas encore sur le site, mais ça ne saurait tarder.
P.P.P.S.: Hommes québécois, je crois qu’une partie de moi vous en veut. Si j’avais su avant que ce n’était pas que «ma faute» si je me faisais peu draguer et devais faire les premiers pas, je serais allée voir ailleurs bien avant!
MÀJ 19h55: Le débat de Christiane Charette est en ligne. Je viens d’aller lire les commentaires sur le site et certains m’étonnent, comme cette femme qui vit en Colombie-britannique depuis 22 ans. Je pense m’être fait aborder – parfois maladroitement, mais quand même – plus souvent dans les bars de Vancouver que dans ceux de Montréal!





De tous les temps, les navires arborant le drapeau noir ont fasciné. Se lancer aux trousses des flibustiers qui ont marqué l’histoire peut s’avérer une excellente idée de voyage thématique.


