Quatre jours à Taipei

Je ne sais pas par où commencer. J’y vais donc dans le désordre, par mots-clés.

Décalage. Bébé est restée à l’heure de Montréal. On a convenu que pour 12 petites journées, mieux valait ne pas trop déranger ses habitudes. Résultat: elle fait ses nuits le jour et sa sieste la nuit, alors Chéri et moi faisons la sieste pendant ses nuits et nos (trop courtes) nuits pendant sa sieste…

Hôtel. Nous logeons pour l’instant au United Hotel, à deux pas du Sun Yat Sen Memorial Hall. Taipei 101, Warner Village et le World Trade Center sont à une dizaine de minutes à pieds. Je n’ai rien à redire. Propre. Personnel courtois. Prix honnête (environ 100$/nuit). Bon buffet au petit déjeuner. Super bien situé. Shampoing, revitalisant, savon, peignes, brosses à dents, lotion corporelle et «gougounes» à volonté.

Mode. C’est étrange, j’ai l’impression que les gens sont vêtus de la même manière qu’il y a six ans (mis à part le port du collant noir avec des shorts même s’il fait plus de 30 degrés!). Le cycle de la mode aurait-il déjà fait un tour complet? En tout cas, il n’y avait pas ces horribles Crocs aux pieds des gens – hommes, femmes, enfants – à l’époque (en fait, toute fashion victim qui se «respectait» portait des bottes aux bouts si pointus qu’il lui fallait monter les escaliers de côté, un peu comme si elle était chaussée de skis… entre ces deux maux, lequel est le moindre?)! J’ai même vu des étuis à cellulaires façon Crocs… Au secours!

Shopping. Très, très difficile de résister. Des dizaines de marchés de nuit, 1000 centre commerciaux (chiffres donné par le Tourism Bureau), et de tout, pour tous les goûts. Vraiment.  J’ai craqué pour un petit top vert acheté en solde dans une petite boutique de New York New York.

Reportages. J’ai tellement de choses à voir que je ne sais pas comment j’arriverai à tout faire en si peu de temps. Cinq reportages avec cinq angles bien définis, c’est un peu extrême en douze jours. D’autant plus que nous voulons garder deux journées pour voir des amis et faire un «pèlerinage» dans les lieux qui ont marqué notre ancienne vie taïwanaise. Ouf.

Snake Alley. Un an et demi ici et je n’avais jamais mis les pieds dans ce marché de nuit réputé pour son côté freak show. Si j’ai aimé? Plus ou moins. D’abord, le show n’est pas assez freak pour nous faire pousser des «oh!» et des «ah!» d’étonnement. Les quelques serpents qu’on aperçoit sont de simples figurants, pas des premiers rôles. Il est possible de déguster des mets à base de reptiles (même de tortue), de se faire masser les pieds, d’acheter quelques souvenirs. Rien qui ne vaille vraiment le déplacement si vous voulez mon avis. Pas de grande surprise toutefois puisqu’il affiche ses couleurs dès le passage des portes, avec la mention «marché touristique» inscrite en grosses lettres sur sa façade.

Culs de poule. Même après y avoir vécu plusieurs mois, Taïwan continue à me surprendre. Chéri m’a appris que la viande de ces brochettes que l’on trouve dans les stands de plusieurs vendeurs itinérants sont en fait… des culs de poule. Encore plus appétissant.

Hsimenting. C’est probablement le quartier que je connais(sais) le mieux. J’adorais aller y flâner quand je vivais ici. La culture ado à son extrême. Les punks côtoient les fashion victims, les tatoués et les étudiants en uniformes. De nombreuses arcades et boutiques roses bonbons remplies de gadgets girly bordent les routes piétonnières. Plusieurs vendeuses de boutiques de vêtements branchés se la jouent très «Harajuku girls». Au moment de notre passage, un chanteur pop s’apprêtait à donner un spectacle en plein air, malgré les nuages menaçants. Le titre de son album en promo: Yoga times… Quelques photos:

Zéro subtilité. Un simple regard suffit pour savoir que quelqu’un parle de nous. Parfois, des gens se plantent carrément à nos côtés et nous fixent comme si nous n’étions pas réels. Hilarant. Parfois irritant (surtout s’il fait 843032 degrés, que le temps est lourd et qu’on a marché toute la journée). Hier soir, à Snake Alley, Bébé s’est carrément révoltée, se retournant dès que quelqu’un s’approchait d’elle en criant «NOOOOOOON!».

Taipei zoo. Des tortues, des pingouins, des hippopotames, des lions, des zèbres, des gorilles (impressionnants!), des orangs-outans, des lémuriens, des serpents…  Malgré la pluie (il faut dire que les gens ont l’habitude des humeurs changeantes de Dame Nature à Taïwan, alors des abris sont aménagés un peu partout pour nous permettre de prendre des pauses), nous avons passé une matinée fantastique. Redécouvrir cet endroit à travers les yeux de ma fille était magique!

Toilettes à la turque. Il faut que j’en parle. Je ne comprends pas pourquoi l’Occident s’acharne à s’asseoir sur un bol. C’est tellement plus simple, plus confortable (quelqu’un ici s’assoit-il vraiment sur les bols des toilettes publiques? Beaucoup plus facile pour les muscles des cuisses de s’accroupir, non?) hygiénique (bon, peut-être pas pour les pieds qui reçoivent parfois quelques gouttes d’urine de temps en temps)… Seul hic: à Taïwan, le papier se fait rare. Il faut donc penser à se munir de paquets de mouchoirs pour les pauses pipi. Autre détail: pas question de les jeter ensuite dans la toilette (il paraît que c’est à cause de la faiblesse du système de plomberie, mais je n’ai jamais su si c’était une simple excuse). On le dépose plutôt dans une poubelle, à côté. Un conseil: pendant que vous serez accroupi, évitez d’analyser son contenu… et bouchez-vous le nez!

Les mangues séchées. Dieu que c’est bon!

Anglais. À mon arrivée, en 2001, j’avais été frappée par le fait que personne ne semblait se débrouiller dans la langue de Shakespeare. J’ai encore en mémoire des images de vendeuses terrorisées, qui semblaient vouloir s’enfoncer dans le plancher à mon approche et se mettaient à bégayer dès qu’elles ouvraient la bouche. Je ne sais pas si c’est une impression, ou le fait que je n’ai plus d’attentes aujourd’hui, mais il semblerait qu’il soit beaucoup plus facile de trouver quelqu’un avec qui discuter autrement que par signes.

Vert. J’étais tellement sous le choc linguistique lors de mon premier séjour à Taïwan que je n’avais même pas remarqué à quel point l’île est verte. Les feuilles des arbres sont d’un vert intense, presque émeraude. Les pluies abondantes ont cela de bon: la végétation luxuriante compense (un peu) pour la piètre qualité de l’air.

Scooters. Ça n’a pas changé: ils sont partout, et toujours aussi indisciplinés. Aux feux rouges, les motocyclistes s’entassent devant les automobilistes et démarrent en trombe quand ils virent au vert. Parfois, on en croise même dans les traverses de piéton. Taipei, pour moi, sent autant le durian que le«tofu puant» (traduction maladroite du nom chinois de ce met national)… et l’essence.

Taipei 101. Quand j’ai quitté Taïwan en décembre 2002, la plus haute tour du monde (508 mètres – records qui sera bientôt battu par la tour Burj, à Dubai, dont la hauteur atteindra 705 mètres!) était encore en chantier. Aujourd’hui, on peut monter les 91 étages de ce « un majestueux bambou bleu turquoise » (dixit ses concepteurs) en une quarantaine de secondes. Le prix d’entrée est élevé (400 $NT, soit 13 $CDN), mais la vue est splendide, évidemment. Le plus impressionnant? La boule d’acier de 660 tonnes (mise au point par une compagnie canadienne) «dotée d’une amplitude pouvant aller jusqu’à 1,5 mètre pour amortir de 30 à 40 % les mouvements de l’édifice causés par des vents violents dus aux typhons, un tremblement de terre ou une collision avec un aéronef léger» (source: Wikipédia). Notre surprise a cependant été le plancher de verre qui s’illumine pour se transformer en ville sous nos pas, au 88e étage. Bébé a eu un plaisir fou à arpenter l’allée en marchant, dansant, sautant… Quelques photos de la vue:

Gentillesse. J’avais oublié à quel point les Taïwanais sont généreux. Toujours prêts à s’arrêter si l’on a besoin d’un coup de main. Perdu? Dans la minute qui suit, un volontaire se pointe généralement et vous demande «May I help you?». Problème de pousssette? Bien que tout soit très bien adapté pour les handicapés (et, par ricochet, pour les parents), il arrive que l’on doive monter quelques marches ici et là. Il y a toujours quelqu’un qui surgit alors pour proposer un coup de main. Comme toute médaille a son revers, ce côté amical peut taper sur les nerfs quand ils viennent vers nous pour pratiquer leur anglais…

Sushi. Taïwan étant une île, on y déguste de savoureux poissons et fruits de mer fraîchement sortis de l’océan. Dans les marchés de nuit, les étals de sashimi valent le détour. Plusieurs sushi bars méritent aussi d’être visités, comme celui de la photo ci-contre, dans le quartier Hsimenting, où un train vous présentent les multiples possibilités qui s’offrent à vos papilles.

Coup de coeur. Le Grand Market de Taipei 101. On y trouve autant des plats typiquement taïwanais que japonais ou américain (PFK etc). Nous y avons dégusté un excellent poulet massala (il faut parfois prendre des pauses de spécialités locales) et du sushi qui me fait encore saliver.

Visite au marché de nuit

Tant qu’à être sur le décalage (Bébé a dormi de midi à 21h30…), nous sommes allées nous promener (et nous régaler) au night market le plus près de notre hôtel, à Taipei. Au menu: arachides molles et chaudes comme je les adore, pieuvres, poissons et crabes cuits sur le grill et hot pot. Quelques images (avec son d’ambiance – encore une fois, le tout fait «à la bonne franquette») avant d’essayer d’aller dormir un peu…