Manon Garceau, Québécoise qui vit à Taipei depuis 10 ans, en compagnie de sa copine Sweena
Parmi les catégories de mon blogue sur MSN.ca, il y aura «Mon coin d’exil»(je parle au futur car pour le moment, le blogue n’a pas encore la forme d’un blogue – ça s’en vient!;-). J’y présenterai régulièrement des Québécois qui ont choisi d’aller vivre dans différentes régions de la planète. À travers eux, nous découvrirons leur coin de pays d’adoption.
Ça fait des années que je garde l’idée dans ma poche. Des producteurs de télé ont été plus rapides que moi. Isabelle Maréchal est allée rencontré des expatriés un peu partout pour TV5 il y a quelques années et j’ai cru voir un concept similaire dans la programmation d’une chaîne de télé récemment.
Là où ma série sera différente, c’est qu’elle vise vraiment à présenter leur lieu d’adoption comme des destinations à découvrir. Je demande à mes protagonistes de me faire un «pitch de vente». De nous expliquer pourquoi on devrait aller passer nos prochaines vacances dans leur «chez eux» du bout du monde.
Le premier billet porte sur une destination qui m’est chère: Taïwan. C’est ma grande amie Manon Garceau qui a accepté de briser la glace. Je vous avoue qu’après avoir mis le point final au texte, je n’avais qu’une envie: faire mes valises et repartir vivre à Taipei! (Soupir…) J’espère que les lecteurs auront eux aussi des fourmis dans les jambes. C’est le but.
Comme je l’ai écrit en introduction du premier texte, comme voyageuse, j’adore recueillir les commentaires de Québécois expatriés parce qu’ils regardent le monde avec les mêmes «lunettes» que moi, façonnées par les mêmes références culturelles. Et vous?
P.S.: Si vous connaissez des Québécois qui ont adopté un nouveau pays, n’hésitez pas à leur dire de m’écrire!
P.P.S.: Il n’est pas possible pour l’instant de laisser des commentaires suite à mes textes sur MSN.ca (c’est du moins ce que m’ont dit les personnes autour de moi qui ont tenté d’en laisser!). En attendant, je publie tout de même trois billets par semaine dans la section «Voyage» du portail. Je croise les doigts pour que tout soit fonctionnel comme prévu rapidement! J’ai hâte de publier des vidéos en plus de mes textes!
Vus d’ici, les typhons font très peur. On s’imagine que les images diffusées en boucle dans les journaux télévisés représentent le lot de tous les habitants des zones touchées. Comme pour n’importe quelle nouvelle, on sélectionne bien sûr les séquences les plus saisissantes. Pas la banalité de la plupart des cyclones.
Je suis débarquée à Taïwan en juillet 2001 après le passage «d’un des typhons les plus dévastateurs de l’histoire» (j’ai compris par la suite que presque chaque nouveau typhon était affublé de ce titre!). Dans les rues de Taichung, des arbres jonchaient le sol. La ville portait les cicatrices de sa visite. Plutôt impressionnant pour quelqu’un qui s’apprêtait à passer une année sur place…
Au cours des semaines qui ont suivi, j’ai vécu quelques autres épisodes «typhons». J’avais, entre temps, transporté mes pénates à Keelung, au nord de l’île, à une trentaine de minutes de Taipei. Rapidement, je me suis mise à comparer les typhons à nos tempêtes de neige: on fermait les écoles à l’annonce d’une tempête plus intense, on recommandait aux gens de ne pas sortir de chez eux et de faire des provisions… et on attendait que ça passe. L’une de mes ex-colocataires m’a même rappelé récemment qu’une des premières choses que je lui avais mentionnée à son arrivée était les ventes «post-typhons»! Si certains marchands touchés par les tempêtes tropicales souhaitaient écouler leur marchandise, d’autres s’en servaient clairement comme argument marketing…
Les surfers, eux, trépignaient d’impatience à l’annonce d’un typhon. «C’est le meilleur moment pour affronter les vagues!» m’a déjà confié l’un d’eux. À chacun sa manière de voir les choses!
Cela dit, loin de moi l’idée de banaliser la chose. Il m’est arrivé de ressentir l’intensité des éléments en furie alors que je me trouvais dans les airs, quelque part entre Hong Kong et Taipei (j’avais l’impression d’être dans une montagne russe!). Une fois arrivée à l’aéroport, impossible d’aller nulle part à cause des dégâts. Les rues étaient innondées. Les hôtels à proximité de l’aéroport, complets. Comme je le raconte dans Cartes postales d’Asie, j’ai célébré mon 27e anniversaire le ventre vide, couchée sur une chaise à massage qui me demandait constamment d’insérer des pièces, en attendant de pouvoir quitter les lieux…
Morakot n’a rien à voir avec les typhons qui m’ont fait rater quelques jours de classe à l’époque. Ma copine Violette, qui vit entre Vienne et Taipei et qui en a vu d’autres, a d’ailleurs fait parvenir le courriel suivant à tous ses amis:
dear friends/colleagues,
please help as you can — contact your local charity organisations for
donation or simply express your support through internet, we needs your
help!
or send your love to the people who suffer from losing their home/entire
village/dear family members/friends
thank you!
violette
Pour qu’on continue d’en parler dans nos quotidiens, c’est que la situation est particulièrement critique. On a tous vu les images de cet hôtel qui s’effondrait comme un château de cartes. Bien que je ne cautionne pas ce genre d’activité, les images du «chasseur de tornades extrêmes» James Reynolds représentent bien ce qu’on peut voir «quand on est dedans»:
Le bilan de Marakot a atteint 121 morts mais pourrait en réalité dépasser 500. Boston.com publie des photos qui en disent long. Des groupes Facebook ont aussi été créé afin d’apporter du soutien aux Taïwanais touchés par le typhon.
Malgré tout, je retournerais vivre à Taïwan sans trop d’hésitations…
Je viens de scanner mes articles du printemps dernier à propos de Taïwan pour les envoyer à l’office de tourisme. Forcément, j’ai un coup de blues! Je ne sais pas ce que je donnerais pour aller luncher chez Din Tai Fung. Le seul souvenir de leurs dumplings et de leur soupe aux nouilles et au boeuf me fait saliver! Ce soir, j’irais me balader dans un marché de nuit et je dégusterais des brochettes de calmars cuites sur le grill… Miam! Miam!
En attendant de pouvoir retourner dans mon «deuxième chez moi», je vous présente Sweana, l’amie d’une amie qui m’a servie de modèle pour un reportage «Mode de vie». L’article a été publié dans l’édition de septembre du magazine FCD: fcdseptember (j’ai inclus le cover avec le fichier pdf).
(Précisons que FCD s’adressait aux jeunes femmes d’environ 16 à 30 ans, d’où le ton.)
J’avais vaguement entendu parler d’un restaurant taïwanais où les plats étaient servis dans des cuvettes et des urinoirs. L’idée m’avait fait sourire, mais avait fait pousser la grimace à tous ceux à qui j’en avais parlé. Concept amusant ou dégoûtant? Ne reculant devant rien, je me suis rendue sur place pour constater le tout de visu!
Première surprise en visitant le site Web de The Modern Toilet: le restaurant est en fait une chaîne! Devant le succès du premier établissement taïwanais, des succursales ont vu le jour à Hong Kong et au Japon. «To eat or to pee?» («Pour manger ou pour uriner?») peut-on lire d’entrée de jeu dans la version anglaise du site. Pour la petite histoire, on raconte que l’idée a germé dans la tête du propriétaire Wang Tzi-wei alors qu’il lisait un manga dans lequel des toilettes apparaissaient sur les menus d’un restaurant alors qu’il était… au petit coin. Au départ, la première gargote servait uniquement de la crème glacée. L’enthousiasme des clients a été tel que le premier restaurant avec un menu plus varié inspiré de cette idée a ouvert ses portes en 2004. Seize succursales accueillent aujourd’hui les curieux.
Ma visite des lieux
Une fois devant la porte de celui du quartier Hsimenting, à Taipei, j’ai une autre preuve de l’engouement des consommateurs : l’attente pour une table est d’environ quarante-cinq minutes. Nous armant de patience, Chéri, Bébé et moi revenons un peu plus tard pour nous mêler à la foule bigarrée entassée sur trois étages. Comme dans plusieurs endroits du genre en Asie, les couleurs sont criardes, la déco plutôt kitsch et la mando-pop joue à tue-tête. On ne choisit pas The Modern Toilet si l’on a envie d’une soirée romantique avec éclairage tamisé! Bien que la moyenne d’âge soit d’environ 17 ans, des familles, des couples et des groupes de gens un peu plus âgés se massent autour des lavabos ou des baignoires coiffés de plaques transparentes qui font office de tables.
Mon Taipei, c’est exactement celui de cette photo prise par un expat’ qui vit à Tokyo. Une allée quasi-déserte aux petites heures du matin, à l’heure de la fermeture des bars. Un halo verdâtre qui enveloppe la nuit. Un contraste saisissant entre l’agitation du jour et la capitale qui dort à poings fermés. Le bruit des marchands qui transportent leurs chariots bringuebalants, au loin, alors que le soleil n’a même pas encore songé à étirer ses premiers rayons. Les petites bicoques qui s’animent tranquillement aux premiers signes de l’aube. Les néons qui vous aveuglent comme les phares d’une voiture en plein visage. Les petits déj’ bien gras (impossible pour moi de dire le nom de quelque plat que ce soit!) attrapés avant d’aller prendre le bus pour retourner dans mon école de banlieue. Une espèce de paix, aussi. Peu importe l’heure, je ne m’y suis jamais sentie en danger.
Une ville qu’il faut vivre, pas seulement visiter.
Sometimes I miss this crazy life… But I would’nt go back in time.
Comme j’ai quatre deadlines pour demain et mercredi + un meeting à préparer, pas de grande envolée aujourd’hui. Je vous offre plutôt quelques prophéties lunaires «minutieusement» découpées dans le journal Taipei Times quand je vivais à Taïwan (v’voyez mes incroyables talents de bricoleuse/scrapbookeuse? lol) et qui me font toujours sourire aujourd’hui…
Pendant une fraction de seconde, je me suis crue à Keelung. La pluie fine. L’humidité. La grisaille. L’impression de douce mélancolie en suspension dans l’air. Pendant une fraction de seconde, j’ai été projetée sept ans en arrière.
… je venais d’arriver à Taïwan, où je devais enseigner l’anglais pendant un an. Même si j’ai rapidement développé une très belle complicité avec mes étudiants, j’ai quitté mon boulot au bout de dix mois. En plus d’être atteinte du syndrome de l’imposteur (ceux qui me connaissent savent que je parle la langue de Shakespeare avec un accent trèèèès prononcé, sans compter les erreurs que je commets régulièrement), j’avais envie de reprendre la route. Et puis, tant de sujets m’appelaient! Je suis revenue cinq semaines à Montréal avant de repartir là-bas cinq autre mois, histoire de me consacrer au journalisme à la pige… et de retrouver Joseph, dont j’avais fait la connaissance quelques semaines auparavant!
C’est le quartier où je suis probablement allée me promener le plus souvent. J’adore y voir évoluer la faune composée d’ados, de jeunes avant-gardistes et d’artistes. Son côté «mini-Tokyo» me plaît beaucoup. On y trouve de nombreux cinémas et cafés, dont certains situés au 2e ou 3e étages, ce qui permet de reluquer la foule d’en haut.
Plan séquence tourné «à la bonne franquette» un dimanche soir de juin 2008.
Le scooter est LE moyen de transport à Taïwan. Il n’est pas rare de voir des familles entières s’entasser derrière le guidon, comme en témoigne la petite vidéo qui suit.
Connaissez-vous une famille «nerd» dans le coin de Montréal? Si oui, faites-moi signe à mjtornado(a)gmail.com. C'est pour un reportage. Tks! 13 minutes ago